Est-ce enfin l’heure pour BlueCo de définir un projet sportif cohérent à Chelsea avec Xabi Alonso ?

Depuis son arrivée en tant qu’actionnaire majoritaire de Chelsea en 2022, le groupe BlueCo n’est pas parvenu à installer durablement le club de Londres sur le devant de la scène. Au contraire, sa gestion du mercato et de ses managers s’est plutôt avérée infructueuse. Mais cet été, le projet des Blues semble prendre une nouvelle tournure, porté par la nomination de Xabi Alonso au poste d’entraîneur.

Enzo Fernandez célèbre un but inscrit pour Chelsea en Premier League
Enzo Fernandez et ses coéquipiers aimeraient relancer le projet en cours à Chelsea dès la saison prochaine.

BlueCo change de cap. Quatre ans après son arrivée à la tête du Chelsea Football Club, le consortium mené par l’homme d’affaires américain Todd Boehly a décidé de revoir sa stratégie cet été. En cause ? Une saison 2025-2026 totalement ratée à tous les étages, qui a mis en évidence les limites du projet initialement mis en place. En effet, le club londonien n’a terminé qu’à une petite 10e place en Premier League, loin des objectifs européens fixés au début de la campagne. Il a aussi été balayé en 8e de finale de la Ligue des champions par le Paris Saint-Germain (8-2) et n’est parvenu à remporter aucune coupe nationale. Pour ne rien arranger, trois entraîneurs se sont succédés sur le banc des Blues : Enzo Maresca, Liam Rosenior et l’intérimaire Calum McFarlane. Bref, un échec total pour une formation qui restait sur une 4e place en Premier League en 2024-2025, une victoire en Ligue Conférence et un succès lors de la Coupe du monde des clubs.

Todd Boehly propriétaire de Chelsea
La stratégie définie par Todd Boehly depuis sa prise de commandes de Chelsea en 2022 n’a pas encore tout à fait porté ses fruits.

« Est-ce que cela peut être une réussite sans victoire ? La réponse est non. »

« Nous avons mené une réflexion approfondie sur ce que nous pouvons faire de mieux et sur les points à améliorer. Nous avons un plan. Nous réfléchissons sur ce plan, nous essayons de l’améliorer et nous l’ajustons s’il ne fonctionne pas. Le message est clair : nous sommes déterminés. Mais est-ce que cela peut être une réussite sans victoire ? La réponse est non » confiait mi-avril Behdad Eghbali, co-propriétaire de Chelsea, lors du Congrès mondial du sport à Los Angeles. Si elle conserve son ambition, la direction sportive a bel et bien dû revoir son approche suite à ses erreurs exposées au cours de la saison passée. Les retouches concernent notamment trois points : la gestion du manager, la politique de recrutement et la constitution de l’effectif.

Une instabilité chronique sur le banc

En premier lieu, l’état-major des Blues a démontré une certaine impatience avec ses entraîneurs depuis sa prise de pouvoir en 2022. Sur ces quatre années de règne, huit coachs différents ont dirigé un match de Chelsea, dont deux dans un rôle d’intérimaire. Un chiffre énorme, caractérisé par le mandat de seulement 206 jours de Graham Potter (2022-2023) ou celui de 104 jours de Liam Rosenior (2026). Le départ d’Enzo Maresca en plein milieu du dernier exercice a également grandement déséquilibré le club, qui s’est retrouvé en perdition sur la phase retour. « Franchement, parvenir à cette stabilité au niveau du poste d’entraîneur est l’un des points que nous n’avons pas encore bien gérés, et c’est un aspect que nous nous efforçons d’améliorer », avouait Behdad Eghbali lors de sa prise de parole aux États-Unis. C’est dans ce contexte que Chelsea a nommé Xabi Alonso au début de l’été en tant que manager et lui a offert un contrat de quatre ans. Il devrait bénéficier de plus de temps pour bâtir son équipe, pour appliquer sa philosophie de jeu sur le terrain et devrait avoir plus d’influence que ses prédécesseurs dans les prises de décision globales du club.

Liam Rosenior en tant que manager de Chelsea lors d'un match de Premier League
Liam Rosenior n’a dirigé que 23 matchs toutes compétitions confondues sur le banc de Chelsea cette saison avant d’être licencié.

Un effectif trop jeune pour le haut niveau ?

Côté mercato, c’est un secret de polichinelle : BlueCo avait décidé depuis son arrivée de recruter massivement des jeunes éléments à fort potentiel pour pouvoir les faire exploser au plus haut niveau et potentiellement les revendre à bon prix dans la foulée. Une politique qui a évidemment permis à Chelsea de mettre la main sur de vraies pépites, mais aussi de détenir l’effectif le plus jeune de Premier League. La saison passée, la moyenne d’âge du groupe professionnel était de 23,8 ans. Mais cette inexpérience a coûté cher au club dans ses matchs décisifs et a été dénoncée publiquement par certains joueurs. « Je comprends que cela fasse partie de la politique du club et qu’ils souhaitent prendre cette direction : recruter de jeunes joueurs et se tourner vers l’avenir. Cependant, pour viser des trophées majeurs comme la Premier League ou la Ligue des champions, il en faut davantage. Ne recruter que des jeunes joueurs pourrait compliquer l’atteinte de ces objectifs », pointait du doigt le latéral gauche Marc Cucurella après l’élimination en C1 contre le PSG.

Morgan Rogers : le coup à 138 M€

Également influencée par la vision de Xabi Alonso, la direction a décidé de changer son fusil d’épaule. Désormais, elle souhaite apporter du vécu et des joueurs aguerris dans son vestiaire. C’est pourquoi Chelsea a annoncé la signature de Morgan Rogers (23 ans) contre un chèque de 138 millions d’euros (M€). Le talentueux international anglais – qui figurait dans l’équipe type de la saison de L’œil du football anglais – compte déjà 85 apparitions en Premier League avec Aston Villa et 32 de Coupe d’Europe. L’idée est similaire avec Maxence Lacroix, dont la venue paraît en bonne voie selon la presse britannique. Mais Xabi Alonso n’envisage pas de se contenter d’un simple vécu pour ses nouveaux arrivants. Il veut de l’expérience et des leaders. C’est la raison pour laquelle des vétérans du championnat sont annoncés dans le viseur de Chelsea, tels que Danny Welbeck (35 ans) ou Jordan Henderson (36 ans).

Morgan Rogers célèbre avec Matty Cash un but inscrit en Premier League pour Aston Villa
Après deux saisons et demi réussies à Aston Villa, Morgan Rogers vient apporter toutes ses qualités du côté de Stamford Bridge.

Un besoin d’expérience dans le groupe

Ces deux transactions pourraient représenter de véritables séismes à l’échelle de Chelsea. Les pensionnaires de Stamford Bridge n’ont plus payé une indemnité de transfert pour un joueur de plus de 26 ans depuis Pierre-Emerick Aubameyang en septembre 2022 ! En outre, aucun joueur de plus de 30 ans n’a porté le maillot des Blues depuis le mois de mai 2024 : c’était Thiago Silva (39 ans). Notons aussi la prise d’importance de Xabi Alonso, qui est écouté par BlueCo au moment de partager ses besoins. Tout d’abord, l’ancien coach du Bayer Leverkusen et du Real Madrid veut cesser les reconstructions perpétuelles de l’équipe lors de chaque été. Ainsi, plusieurs cadres ont été jugés intransférables, à l’image de Cole Palmer, Moisés Caicedo, Reece James, Joao Pedro ou encore Levi Colwill. Parallèlement, l’Espagnol avait identifié le profil de Marco Palestra pour renforcer son couloir droit. Demande déposée, demande validée : l’Italien de 21 ans a rapidement débarqué en provenance de l’Atalanta contre un chèque de 57 M€.

Un premier objectif : accrocher une qualification européenne

Si le club mise toujours en partie sur la jeunesse, il le fait de manière plus intelligente et proportionnée durant cette intersaison. D’ailleurs, les départs validés d’Andrey Santos (56,3 M€), de Marc Cucurella (55 M€), de Tyrique George (21 M€) et d’Alejandro Garnacho (prêt) permettent aussi à Chelsea de financer ces nouvelles arrivées. Est-ce que cette réorganisation s’avère pour autant suffisante pour permettre à cette institution de s’appuyer sur un projet solide et sérieux ? À confirmer dans la durée. Une chose est sûre, il semble qu’après quatre ans de balbutiements et d’approximations, le groupe BlueCo commence à apprendre de ses erreurs. Mais seules les performances sur le terrain parleront. Pour son premier exercice outre-Manche, Xabi Alonso devra a minima qualifier son équipe pour une coupe européenne, et si possible, la Ligue des champions. Pour rappel, le Basque avait réussi à impressionner en Allemagne grâce à son approche tactique et ses résultats historiques. À lui désormais de remettre cette formation désorientée de Chelsea sur le droit chemin au sein du plus grand championnat du monde.