L’Angleterre devra s’en contenter. Battue par l’Argentine en demi-finale de la Coupe du monde 2026 (2-1), la sélection des Three Lions s’est rattrapée en s’imposant contre l’équipe de France dans le match pour la 3e place (6-4). Insuffisant pour satisfaire l’objectif initial, qui était de remporter le tournoi. Mais où est-ce que la formation de Thomas Tuchel a-t-elle failli ?

It’s not coming home. Ce mercredi 15 juillet, l’Angleterre a dit adieu à ses espoirs de remporter la Coupe du monde 2026. En demi-finale du tournoi, les Three Lions ont été battus 2-1 à Atlanta par l’Argentine de Lionel Messi. Un résultat d’autant plus frustrant qu’ils menaient au score jusqu’à la 85e minute grâce à une réalisation d’Anthony Gordon. Mais à force de reculer, les hommes de Thomas Tuchel ont fini par craquer. Et leur rêve s’est envolé. S’ils sont parvenus à dominer la France dans le match pour la 3e place (6-4), cette Coupe du monde s’achève indéniablement avec un certain goût amer. Soixante ans après son unique sacre sur la scène internationale, la sélection de la Perfide Albion devra encore patienter avant de ramener à nouveau ce trophée tant convoité à Londres. Pourtant, l’Angleterre faisait bien partie des grands favoris à la victoire finale, portée par une génération ultra talentueuse et un sélectionneur rodé au haut niveau. Alors, comment expliquer cette élimination ?
Des qualifications sans impressionner
La première chose qu’il faut dire, c’est que depuis le début de la compétition, l’Angleterre n’avait pas vraiment convaincu. Elle est sortie de son groupe composé de la Croatie, du Ghana et du Panama sans impressionner, puis s’est qualifiée aux tours suivants sans maîtrise, gagnant ses rencontres par un but d’écart, souvent à l’approche du temps additionnel voire en prolongations. Il faut rappeler que cette équipe était menée pendant 70 minutes par la République Démocratique du Congo en 16e de finale, ou qu’elle avait concédé l’ouverture du score contre la Norvège en quarts de finale. Sa performance en poules face au Ghana (0-0) avait aussi propagé le doute quant aux capacités réelles de cette formation. Sauf qu’avant cette demi-finale contre l’Argentine, le bilan restait correct : quatre victoires dans le temps réglementaire, une en prolongations et un match nul.

Un style de jeu poussif
Cependant, l’Angleterre était en réalité bien trop dépendante de son duo de stars composé de Harry Kane et de Jude Bellingham. Les deux joueurs se sont démenés durant tout le Mondial pour tirer leur équipe de situations délicates au travers de leurs prestations et de leurs réalisations. Ce fut le cas dès le premier match contre la Croatie (4-2), puis face au Panama (2-0), mais aussi contre la RDC (2-1), le Mexique (3-2) et même la Norvège (2-1). Avant la rencontre pour la 3e place, chacun avait trouvé le chemin des filets à six reprises durant la compétition. Pour rappel, l’Angleterre avait inscrit à ce moment-là un total de quatorze buts… Elle disposait seulement d’une moyenne de deux buts marqués par match, un chiffre inférieur à bien des pays éliminés avant elle, comme l’Allemagne, les Pays-Bas, le Sénégal, la Belgique, la Norvège ou les États-Unis. Surtout, les Three Lions ont souffert de leur possession stérile (54,1 % de moyenne), d’un manque de verticalité, de rythme et de créativité. Pire, leur absence de contrôle des parties les a exposés aux contre-attaques adverses ainsi qu’à des séquences de domination au cours desquelles l’opposition pouvait s’offrir des temps forts.

Une dernière demi-heure complètement ratée contre l’Argentine
Autant de maux exposés au grand jour lors de cette demi-finale contre l’Argentine. En possession, les coéquipiers d’Elliot Anderson ont affiché leurs limites. Ils n’ont tiré que cinq fois en 90 minutes et ne se sont procurés qu’une seule occasion de but. Ils n’ont également touché que sept petits ballons dans la surface adverse. Jamais ils n’ont su déséquilibrer le bloc de l’Albiceleste ou profiter des espaces en attaques rapides. Sauf une fois. C’est sur le but de l’ouverture du score signé Anthony Gordon à la 55e minute, bien emmené par le travail de Declan Rice et de Morgan Rogers. Mais sinon, rien. Et après avoir trouvé le chemin des filets, l’Angleterre s’est arrêtée de jouer. Entre le but d’Anthony Gordon et la 85e minute, elle n’a eu que 12 % de possession de balle. Retranchée dans ses derniers mètres, l’équipe britannique a cherché à tenir ce 1-0 jusqu’au coup de sifflet final. Thomas Tuchel a même sorti son buteur et Declan Rice pour faire rentrer une pléthore de défenseurs supplémentaires : Ezri Konsa, Dan Burn et Nico O’Reilly. Une stratégie infructueuse, puisque cette Angleterre apathique a été renversée dans les derniers instants.
Thomas Tuchel en perpétuel questionnement
Un scénario qui pousse à s’interroger sur certains des choix effectués par le sélectionneur allemand, Thomas Tuchel. Au-delà de cette demi-finale, l’ex-manager de Chelsea a captivé l’attention par sa gestion controversée de son effectif. Il n’a jamais semblé avoir la solution. Preuve de ses balbutiements, il n’a pas reconduit deux fois consécutivement le même onze de départ. Thomas Tuchel a éprouvé de grandes difficultés à établir une hiérarchie claire aux postes d’ailiers et sur toute la ligne défensive. Par exemple, l’absence de Marc Guéhi pour le match d’ouverture était étonnante. De son côté, Djed Spence a été baladé dans les deux couloirs, mais a été remplacé à la surprise générale par Jarell Quansah contre le Mexique, tandis qu’Ezri Konsa a aussi dû faire preuve de polyvalence et que John Stones s’immisçait parfois dans l’axe. Bref, un véritable casse-tête. Offensivement, pareil. Noni Madueke a semblé devancer Bukayo Saka dans la hiérarchie à droite, pour qu’au final, Morgan Rogers soit titulaire contre l’Argentine, à un poste qui n’est pas le sien. Enfin, la décision de titulariser Anthony Gordon à gauche au détriment de Marcus Rashford a longtemps été remise en cause.
Une liste au centre de l’attention
Nommé au poste de sélectionneur national le 1er janvier 2025, Thomas Tuchel a commencé à susciter les débats le jour où il a dévoilé sa liste de joueurs retenus pour la Coupe du monde. En effet, de nombreux gros noms ont brillé par leur absence. Parmi eux : Phil Foden, Cole Palmer, Trent Alexander-Arnold, Harry Maguire, Adam Wharton, etc. S’ils ne sortent pas tous d’une saison convaincante, ces éléments auraient pu apporter une solution différente à cet effectif au regard de leurs profils. Mais Thomas Tuchel ne pouvait pas retenir tout le monde. Seuls 26 joueurs étaient acceptés. Autant dire que les places valaient cher.
Des tensions entre joueurs et sélectionneur ?
Mais au-delà de ce management, certaines tensions ont semblé parasiter le vestiaire anglais tout au long de cette Coupe du monde. Le point culminant est intervenu après la qualification arrachée en prolongations contre la Norvège. Ce jour-là, Thomas Tuchel a déclaré : « On s’est rendu la vie très difficile tout seuls. Je ne suis pas satisfait de notre match. Notre jeu était brouillon, nous avons commis beaucoup trop d’erreurs techniques. Nous avons eu beaucoup de chance que (Erling) Haaland ait décidé de passer en mode fantôme aujourd’hui. » Un avis pas réellement partagé par son effectif. « Peut-être qu’il ne sait pas ce que c’est que de jouer dans ce genre de conditions, contre Erling Haaland, (Martin) Ödegaard, (Antonio) Nusa, (Alexander) Sorloth… Ce n’est pas une équipe facile à affronter », répondait Jude Bellingham. « C’est son opinion. Évidemment, j’en ai un autre, mais c’est comme ça », commentait Noni Madueke. Cette crispation s’est aussi traduite par de virulentes scènes d’agacement de la part du coach de 52 ans dans sa zone technique durant ce Mondial. En somme, un climat loin d’être idéal, qui n’a pas dû aider à préparer cette demi-finale.

L’Angleterre reste sur sa faim
Finalement, l’Angleterre a fini sur une bonne note. Dans une confrontation totalement folle, elle a fait tomber la France 6-4 pour décrocher la 3e place de cette Coupe du monde. C’est tout simplement le meilleur résultat pour les Three Lions depuis leur succès à domicile en 1966 contre l’Allemagne de l’Ouest (4-2). Une place sur le podium qui reste une belle performance, mais qui laisse tout de même certains regrets. « Peu importe ce qu’il s’est passé dans les 30 dernières minutes contre l’Argentine, pourquoi c’est arrivé. Peu importe ce qu’il s’est passé dans les 10 dernières minutes, nous étions proches, mais c’est mon travail de prendre les décisions. Cela n’a pas eu l’effet escompté et je dois l’accepter. C’est très douloureux pour moi, car j’ai agi de bonne foi. Mais je crois fermement que nous avons construit bien plus dans cette Coupe du monde que nous ne pouvons perdre en ces 30 minutes », a confié Thomas Tuchel après avoir battu les Bleus. Sous contrat avec l’Angleterre jusqu’à l’été 2028, l’ancien entraîneur du Paris Saint-Germain devrait bien rester en poste pour une prochaine mission de grande envergure : faire triompher son équipe à l’occasion de l’UEFA Euro 2028, disputé sur le sol britannique. Une belle occasion pour lui de reconquérir les cœurs.