Quelles sont les raisons de l’échec de l’an II d’Arne Slot à Liverpool ?

Deux saisons et puis s’en va. Malgré son titre décroché lors de sa première campagne de Premier League avec Liverpool, Arne Slot a bien été démis de ses fonctions de manager cet été. La faute à un second exercice totalement manqué, au cours duquel les Reds ont affiché d’importantes lacunes.

Arne Slot, manager de Liverpool
Arne Slot n’est pas parvenu à réitérer les mêmes performances lors de sa seconde saison à Liverpool que lors de sa première.

Entre Liverpool et Arne Slot, la collaboration est officiellement terminée. Alors que les rumeurs dans la presse anglaise annonçaient initialement son maintien sur le banc d’Anfield en vue de la saison prochaine, la direction des Reds en a décidé autrement. « Il va sans dire que cela a été une décision difficile à prendre pour nous en tant que club », ont écrit les propriétaires du LFC dans une déclaration commune. Arrivé pour remplacer le mythique Jürgen Klopp en juillet 2024, Arne Slot avait pourtant marqué les esprits lors de son premier exercice en tant que manager de Liverpool. En effet, il avait immédiatement décroché le titre de champion en Premier League. Sauf que l’an II de son mandat fut bien plus laborieux. Les Scousers ne sont pas parvenus à faire mieux qu’une décevante 5e place en championnat. Pire, cela faisait dix ans que le club n’avait pas marqué si peu de points (60 unités), onze ans qu’il n’avait pas perdu autant de matchs (12 défaites) et douze ans qu’il n’avait pas concédé autant de buts (53 réalisations). Mais comment expliquer cet échec ?

Le faible apport des nouvelles recrues

Tout d’abord, l’un des problèmes majeurs de Liverpool cette saison, c’est l’intégration totalement ratée des recrues estivales. Pour rappel, le club du Merseyside avait investi 481,35 millions d’euros sur le marché des transferts l’été dernier. Mais Hugo Ekitiké a été le seul nouvel arrivant à briller (17 buts TCC, 11 en PL). Malheureusement, le Français s’est rompu le tendon d’Achille mi-avril, ce qui lui a fait manquer les dernières semaines de compétition. Mis à part lui, Alexander Isak était à court de forme et s’est longuement blessé, Florian Wirtz n’a pas eu l’influence escomptée sur le jeu de son équipe, Milos Kerkez n’était pas à son meilleur niveau, tandis que Jeremie Frimpong a enchaîné les blessures. Au-delà de leurs contretemps physiques, ces joueurs n’ont pas trouvé leur place dans l’animation tactique d’Arne Slot. Une fois sur le terrain, ils semblaient déconnectés de leurs coéquipiers, comme s’ils ne parvenaient pas à s’immiscer dans les circuits collectifs de leur équipe. Par exemple, Florian Wirtz a été baladé à plusieurs postes offensifs, sans jamais réellement s’épanouir. Si les joueurs ont évidemment une part de responsabilité dans leur adaptation manquée à la Premier League, c’est aussi le cas du coach néerlandais, qui n’a pas su relever ce défi.

Florian Wirtz sous le maillot de Liverpool en Ligue des champions
Le niveau de jeu de Florian Wirtz a été l’un des problèmes majeurs de ce Liverpool 2025-2026.

Des stars en crise

L’autre souci, c’est que de trop nombreux cadres de cet effectif ont affiché un niveau en-deçà des attentes. C’est le cas en premier lieu de Mohamed Salah, dont le déclin est vertigineux. Habituée à enchaîner les campagnes à plus de 30 buts, la star égyptienne n’a trouvé le chemin des filets qu’à 12 reprises, dont sept fois en Premier League. La pire saison de sa carrière. Surtout, l’ancien de Chelsea a perdu toute son explosivité et sa créativité dans son couloir. Au milieu, Alexis Mac Allister a traversé cet exercice tel un fantôme. Souvent titulaire, son impact à la récupération et dans le jeu de son équipe a été quasiment anecdotique. D’autant plus contraignant qu’il avait joué un rôle majeur dans la conquête du titre l’an passé. Enfin, la charnière centrale, composée de Virgil van Dijk et Ibrahima Konaté, a laissé transparaître toute sa fébrilité. Entre leurs erreurs techniques, de placement et les diverses mésententes, leurs performances n’ont pas permis à leur équipe de s’appuyer sur un édifice défensif solide.

Mohamed Salah avec le maillot de Liverpool
Mohamed Salah a réalisé sa moins bonne saison en carrière sous le maillot de Liverpool.

Les limites tactiques d’Arne Slot

Mais c’est aussi tactiquement que Liverpool, et principalement Arne Slot, a failli. L’ex-entraîneur du Feyenoord Rotterdam n’est jamais parvenu à trouver la bonne formule cette saison. Son animation basée sur la domination de son milieu de terrain et la capacité de son équipe à accaparer le ballon pour trouver la brèche n’a plus fonctionné. Les phases de construction manquaient cruellement d’intensité, de verticalité, mais aussi d’appels pour le porteur du ballon. Difficile à encaisser pour un club biberonné au « heavy metal football » de Jürgen Klopp. Résultat ? Les Reds ne se sont procurés que 100 occasions de buts en Premier League (6e). C’est moins que Brentford ou Chelsea, qui ne seront pas européens en septembre prochain. Arne Slot a pourtant essayé de varier les systèmes, utilisant par exemple des 4-2-3-1, 4-3-3 ou 4-2-2-2. Mais même en permutant ses joueurs sur le pré, rien n’a fonctionné. Arne Slot a fini la campagne à court d’idées et à bout de souffle.

La gestion de l’effectif au centre des débats

D’ailleurs, sa gestion de certains éléments de son effectif a pu causer du tort à la saison des Reds. Premièrement, le dossier Mohamed Salah. Évidemment, le numéro 11 ne l’a pas aidé en déclarant au mois de décembre : « Le club m’avait fait de belles promesses cet été, et pour l’instant, je suis sur le banc depuis trois matchs. Je n’ai qu’une chose à dire : tenez vos promesses. J’avais de bonnes relations avec l’entraîneur, et tout d’un coup, plus rien. » Une sortie médiatique qui lui avait valu d’être écarté du match de Ligue des champions contre l’Inter, mais aussi de se retrouver à maintes reprises dans la peau d’un remplaçant. Mais à la vue du poids de l’Égyptien dans le vestiaire, nul doute que le conflit aurait dû être résolu d’une manière plus diplomatique. Pareil, le faible temps de jeu accordé à la pépite Rio Ngumoha peut poser question, lui qui était sûrement l’un des meilleurs joueurs de l’équipe sur cette fin de saison. Tout comme le statut de titulaire inamovible de Cody Gakpo dans le secteur offensif. La relégation quasi constante d’Andy Robertson sur le banc, au profit d’un Milos Kerkez irrégulier, a également fait parler. Enfin, l’utilisation de Federico Chiesa pousse aussi à l’interrogation, lui qui a énormément été laissé de côté depuis deux ans.

Andy Robertson tente un centre avec Liverpool en Ligue des champions
Presque constamment remplaçant, Andy Robertson ne déméritait pas lors de ses apparitions en Premier League.

Des départs non remplacés

Dernier point : Liverpool a sûrement sous-estimé l’impact des départs de Luis Diaz et de Trent Alexander-Arnold l’été passé. Si l’indemnité de départ du Colombien, estimée à 70 millions d’euros, a bien rempli les caisses du club, les 17 buts et 5 passes décisives qu’il a cumulées la saison dernière ont indéniablement manqué. D’autant que personne ne l’a vraiment remplacé. De son côté, TAA avait créé 53 occasions de buts en Premier League en 2024-2025, dont 15 grosses. Un apport sur lequel les Reds auraient aimé s’appuyer dans cette période plus délicate. Pour finir, la disparition tragique de Diogo Jota a assurément eu des conséquences bien plus importantes sur cet effectif que ce que nous pouvons imaginer de l’extérieur. Un décès brutal qui a marqué psychologiquement tout un groupe et qui s’est indéniablement fait ressentir sur le terrain.

Trent Alexander-Arnold de retour à Anfield avec le Real Madrid
Le départ de Trent Alexander-Arnold au Real Madrid a eu un impact plus important qu’estompé à Liverpool.

Andoni Iraola prend les commandes

À cela, il faut ajouter des éliminations en quart de finale de Ligue des champions, en quart de finale de FA Cup et au quatrième tour de la Carabao Cup. Pas de quoi remplir les objectifs fixés par l’état-major du club à l’orée de l’exercice. Dans ce cadre, le départ d’Arne Slot n’apparaît pas comme une surprise, bien que tout ne peut lui être imputable. Pourtant, son titre de champion d’Angleterre acquis lors de sa première saison aurait pu lui offrir le crédit nécessaire pour lancer un nouveau cycle. Mais non. C’est bien Andoni Iraola qui s’assoira désormais sur le banc des Reds lors de la reprise. Un coach dont la philosophie de jeu offensive et verticale devrait plaire aux supporters d’Anfield. Mais un énorme chantier se présente à lui. Cet été, Liverpool s’apprête à perdre trois cadres supplémentaires dans son effectif : Mohamed Salah, Ibrahima Konaté et Andy Robertson. Il va donc falloir reconstruire cette équipe, la renforcer et relancer certains joueurs en perdition. Car aussi bien en Premier League qu’en Ligue des champions, Liverpool ne se présente pas pour faire de la figuration.