Quels ont été les principes de jeu de Mikel Arteta dans sa conquête de la Premier League avec Arsenal ?

Pour la première fois depuis 2004, Arsenal est champion d’Angleterre. Les Gunners ont mis fin à une malédiction longue de trois années, au cours desquelles ils ont constamment terminé à la deuxième place du classement. Mais comment Mikel Arteta s’y est-il pris tactiquement pour replacer cette équipe sur le toit de la Premier League ?

Mikel Arteta applaudit les fans d'Arsenal après la victoire à West Ham en Premier League
Mikel Arteta a permis à Arsenal de remporter son quatorzième titre de champion d’Angleterre.

Enfin, Arsenal l’a fait. Après trois saisons consécutives achevées à une frustrante deuxième place en Premier League, les Gunners ont finalement remporté le titre de champion d’Angleterre. Un sacre pleinement mérité, tant le club du nord de Londres a dominé cet exercice 2025-2026. En effet, Arsenal a passé 238 jours en tête du championnat lors de cette campagne, ce qui équivaut à 31 journées achevées en haut du classement. De quoi mettre un terme à une attente longue de vingt-deux années sans décrocher la moindre couronne nationale. « C’est difficile à exprimer, mais quel moment. C’est un mélange d’émotion, de joie et de fierté. À trois reprises, nous avons échoué sur la fin, ce qui a été très douloureux. Mais je pense que cela nous a poussés à trouver de nouvelles façons de prouver ce dont nous sommes capables » a confié en conférence de presse Mikel Arteta, manager de l’équipe, après le dernier match contre Crystal Palace.

Une évolution dans la manière de procéder

Pour parvenir à un tel résultat, le coach espagnol a été contraint de faire évoluer son approche tactique. Depuis son arrivée sur le banc d’Arsenal en décembre 2019, Mikel Arteta s’était démarqué par une philosophie de jeu proactive, marquée par un football offensif, entreprenant et vertical. Malgré ces bonnes intentions, cela restait insuffisant pour s’asseoir sur le trône. Cependant, il n’a pas tout balayé pour autant. Cette saison, les Gunners ont conservé leur capacité à accaparer le ballon et à dominer leurs adversaires, comme l’attestent leurs 56,2 % de possession de balle moyenne en Premier League. Mais ils ont fait état d’une plus grande maîtrise des éléments et notamment des temps faibles. Cela se matérialise par une recherche plus calme de la faille sur les situations d’attaque, une faculté à moins se découvrir, ainsi qu’une hauteur intelligente du bloc collectif en fonction des dynamiques des rencontres. Plutôt que de toujours mettre de l’intensité en voulant absolument marquer, Arsenal a fait preuve de patience. Parfois, au détriment du spectacle. Huit fois durant cet exercice, les pensionnaires de l’Emirates Stadium se sont imposés sur le score de 1-0. C’est trois fois de plus qu’en 2024-2025.

Riccardo Calafiori avec Arsenal en Premier League
Cette équipe d’Arsenal a gagné en maturité et en pragmatisme dans son jeu cette saison.

Une attaque moins fringante

Offensivement, cet abaissement du rythme se traduit dans les chiffres. Arsenal n’a inscrit que 71 buts cette saison en Premier League. Jamais une équipe n’avait fini championne d’Angleterre en ayant si peu trouvé le chemin des filets depuis Leicester City en 2015-2016. Mais comment l’expliquer ? Tout d’abord, parce qu’Arsenal est une formation dominante, qui oblige ses adversaires à se regrouper sous forme de bloc bas. De quoi réduire les espaces à disposition. Surtout, les Gunners n’ont pas réellement affiché de verticalité durant leurs phases de possession. Sur l’ensemble de leurs 17 897 passes tentées (6e de PL), ils n’en ont réalisé que 31,2 % vers l’avant (16e de PL). Leurs véritables séquences de construction s’avéraient stériles (11,07 secondes en moyenne) et ressemblaient parfois plus à des « passes à dix ». Ils n’ont marqué que quatre fois sur ces phases de jeu, contre six fois en attaques rapides. Notons aussi qu’aucun ailier ou milieu créatif ne s’est particulièrement démarqué cette saison pour prendre durablement le jeu à son compte. Martin Odegaard était longtemps blessé, Eberechi Eze était encore en période de rodage, Bukayo Saka était inconstant (7 buts et 5 passes décisives), tandis que personne ne s’est tout à fait imposé à gauche.

Quel système tactique ?

Plus en détail, Mikel Arteta a organisé son équipe en 4-1-4-1 sur le terrain. Mais ce système de jeu se module lors des phases offensives. Effectivement, lorsque les Gunners construisent leurs attaques, ils passent alors en 3-2-4-1. Le principal changement s’opère au niveau de l’arrière gauche. Que ce soit Riccardo Calafiori ou Piero Hincapié, le latéral vient s’insérer dans le cœur du jeu, généralement proche du milieu offensif. Un déplacement qui permet à Arsenal de s’offrir une solution supplémentaire au centre du terrain. Utile pour une équipe qui cherche souvent à trouver la faille via un jeu de passes rapides dans l’axe, ou en fixant l’intérieur pour basculer ensuite vers un ailier libre, notamment Bukayo Saka. À droite, Jurriën Timber était plus sur la retenue, partagé entre son apport dans la première relance et ses combinaisons avec son numéro 7 juste devant lui. En soi, le rôle de première rampe de lancement était avant tout réservé à Martin Zubimendi, chargé de l’orientation du jeu, et à Declan Rice, sollicité pour ses projections balle au pied et sa qualité de passe. Le meneur de jeu devait, lui, constamment se rendre disponible entre les lignes, mais aussi décrocher pour participer aux transmissions préliminaires. Cette animation se basait donc également sur la capacité des ailiers à faire des différences dans les un contre un, mais aussi l’habileté de Viktor Gyökeres a se démarquer et faire les bons appels pour finir les actions.

L'équipe type d'Arsenal lors de la saison 2025-2026 de Premier League
L’animation type d’Arsenal cette saison en Premier League.

L’arme fatale : les coups de pied arrêtés

Face à ces limites rencontrées en accaparant le cuir, Arsenal a trouvé la parade : les coups de pied arrêtés. Sous la houlette de Nicolas Jover, l’adjoint français de Mikel Arteta spécialisé sur ces phases de jeu, les Gunners se sont imposés comme la meilleure équipe du Royaume dans le domaine. Voire du monde. En Premier League, William Saliba et ses coéquipiers ont inscrit la bagatelle de 23 buts sur phases arrêtées. Évidemment, personne ne fait mieux. Cette force de frappe s’est particulièrement illustrée sur corners. Bottés par Declan Rice à gauche et Bukayo Saka à droite, ces coups de pied de coin instauraient la pagaille dans les surfaces adverses. Pendant qu’un joueur était chargé de gêner le gardien, les appels et les fausses pistes se multipliaient devant la ligne de but, souvent pour libérer Gabriel Magalhaes, visé par le tireur. Le défenseur brésilien cumule trois réalisations cette saison. D’autres joueurs défensifs se sont aussi démarqués en la matière, comme Mikel Merino (4 buts) ou Jurriën Timber (3 buts).

Gabriel (Arsenal) au duel avec Benjamin Sesko (Manchester United) sur corner
Gabriel a été une menace constante sur les corners offensifs d’Arsenal.

La meilleure défense d’Angleterre

La seconde force majeure des hommes de Mikel Arteta, c’est cette solidité dans le secteur défensif. Pour la troisième saison consécutive, Arsenal achève l’exercice avec la meilleure défense de l’élite anglaise (27 buts encaissés). Cela faisait quatre ans qu’une formation de Premier League n’avait pas concédé si peu de buts sur l’ensemble de la campagne. Mieux, Arsenal a réalisé 19 clean sheets. La formule ? Comme évoqué précédemment, les Gunners ont fait état d’une grande justesse dans la gestion de leur bloc défensif, grâce à des lignes solides et mobiles. Face à un adversaire recroquevillé dans sa propre moitié de terrain, ils n’ont jamais hésité à monter au pressing. Arsenal est la 6e équipe qui génère le plus de high turnovers (284 unités), qui sont des récupérations de balle très hautes grâce au pressing. C’est aussi la 3e formation dont le PPDA (passes autorisées avant une action défensive) est le plus élevé, avec un score de 10,8. A contrario, les Gunners ont aussi su reculer dans leur temps faible pour former une rigoureuse muraille face aux possessions adverses. Aucun autre club n’a concédé aussi peu de frappes, avec 310 unités. La démonstration d’un édifice imperméable, structuré et efficace.

Des stars pour porter cette équipe

Afin de faire fonctionner ce système de jeu, Mikel Arteta a tout de même pu compter sur plusieurs éléments au top de leur forme. En tête : Declan Rice. Le milieu anglais était tout simplement l’un des meilleurs joueurs de Premier League cette saison. Son volume de jeu, sa capacité à casser les lignes balle au pied, sa puissance dans les duels, la justesse de son pied droit et sa frappe lointaine ont été fortement bénéfiques à Arsenal. Dans les cages, David Raya a été le numéro un à son poste. Explosif et décisif, il a sauvé son équipe à de nombreuses reprises cette saison grâce à ses arrêts déterminants. Enfin, c’est aussi dans la ligne défensive que les Gunners ont brillé. La charnière centrale composée de William Saliba et Gabriel a été robuste, fiable et dominante tout au long de cette campagne. Les erreurs ont été rares, tandis que leur apport dans les premières relances était aussi important. Notons également les performances de haut vol de Jurriën Timber dans le couloir droit, partagées entre intelligence tactique, solidité défensive et disponibilité sur les séquences de construction.

Declan Rice porte le ballon avec Arsenal en Premier League
Declan Rice vient de réaliser la meilleure saison de sa carrière professionnelle.

Quelle suite donner à ce titre ?

Sauf que plus que des individualités, cette équipe se démarque par un esprit collectif unique et une volonté commune de tirer dans le même sens. Mikel Arteta a habillé ce groupe d’une mentalité de guerriers, galvanisé par ces trois dernières saisons sans titre. Cette expérience de l’échec a également construit cette équipe, qui a appris de ses erreurs passées pour, cette fois, être au rendez-vous jusqu’à la fin du mois de mai. À l’heure de faire le bilan, le jugement est sans équivoque : sans l’ombre d’un doute, Arsenal était la meilleure équipe cette année, la mieux organisée tactiquement, mais aussi la plus régulière. La question est maintenant de savoir si le club londonien peut lancer un cycle victorieux. Par exemple, Manchester City a réalisé l’exploit de remporter six fois la Premier League entre 2017 et 2024. Est-ce que ces Gunners sont capables de démarrer une telle dynamique ? Car le nouvel objectif est sur la table. Maintenant, il faut pérenniser ce succès dans le temps.

Le trophée de la Premier League, remporté par Arsenal
Après 22 ans d’attente, Arsenal a pu reposer ses mains sur ce trophée.