Intronisé dans le fauteuil de manager de Brentford au début de l’été, Keith Andrews imprègne progressivement son équipe de son identité de jeu. Pour sa première expérience en tant que numéro un sur un banc, quelle est son approche tactique et comment organise-t-il ses Bees ? Gros plan.

Cet été, Brentford a été contraint de procéder à un grand saut dans le vide. Son iconique manager, Thomas Frank, a cédé aux sirènes de Tottenham Hotspur et s’en est allé après près de sept années passées à la tête de l’équipe. Conséquence : pour la première fois depuis sa promotion en Premier League en 2021, le club londonien devait se chercher un nouveau coach. Et une nouvelle fois, il n’est pas allé bien loin. Alors que Thomas Frank avait été promu du rôle d’adjoint à entraîneur principal en 2018, Brentford a récidivé au mois de juin en offrant le poste de numéro un à Keith Andrews. L’Irlandais n’était autre que le spécialiste des coups de pied arrêtés dans le staff technique de Thomas Frank la saison dernière. Sauf qu’il est bon de rappeler que Keith Andrews n’a aucune expérience en tant que manager principal d’une équipe professionnelle. Avant de rejoindre les Bees, il était coach assistant du côté de Sheffield United, de MK Dons et de différentes sélections irlandaises. Bref, un sacré pari.
Une équipe qui mise sur l’attaque rapide
La bonne nouvelle, c’est que jusqu’ici, le pari porte ses fruits. Après huit journées de championnat, le club de l’ouest londonien est installé à la 13e place de l’élite anglaise, avec déjà trois succès au compteur. C’est simple, il compte cinq points d’avance sur le premier relégable, Nottingham Forest. Rappelons que dans cette saison de transition, le premier objectif pour Brentford est d’assurer son maintien. Mais le point positif, c’est que Keith Andrews impose petit à petit sa patte sur le jeu de sa formation, avec régularité et efficacité. Sous sa houlette, les Bees procèdent généralement avec un bloc bas, laissant volontiers la possession à leur adversaire (41,3 % de moyenne, 19e total de PL) afin de mieux les piquer en contre-attaques. La stratégie est claire : une fois le ballon récupéré, il faut mettre le plus vite possible les joueurs offensifs sur orbite.

Un effectif totalement chamboulé
Pas évident pour Keith Andrews de trouver de la continuité à Brentford cette saison. Pour sa première campagne sur le banc des Bees, le manager a dû faire face à un véritable exode au sein de son effectif. Cet été, ses deux stars offensives, Bryan Mbeumo et Yoane Wissa ont mis les voiles, tout comme son capitaine Christian Norgaard et son gardien Mark Flekken. De quoi forcer le coach à redoubler d’ingéniosité. S’il a parfaitement intégré certaines recrues dans son onze de départ, à l’image de Jordan Henderson, Dango Ouattara ou Caoimhin Kelleher, il est aussi l’homme à l’origine du début d’exercice tonitruant d’Igor Thiago. Recruté à l’été 2024, il avait raté la majorité de la saison passée à cause de blessures. Mais aujourd’hui à 100 % physiquement, il bénéficie de la confiance à part entière de son coach. Le Brésilien a d’ailleurs tenu à le remercier en le serrant dans ses bras au moment de célébrer son but sur la pelouse de West Ham.
Brentford, roi de la passe longue
Cette verticalité se traduit dans les chiffres. Brentford n’a tenté que 3 016 passes cette saison en Premier League, soit le 19e total du championnat. Par contre, la formation de Keith Andrews est celle dont la part de passes longues tentées est la plus importante, puisque celle-ci s’élève à 18,93 %. Ce résultat démontre la volonté récurrente des Bees à chercher leurs attaquants dès qu’ils en ont la possibilité. Dans le domaine, la recrue Jordan Henderson rayonne grâce à sa précision, bien accompagnée aussi par la justesse de Yehor Yarmolyuk voire de Nathan Collins. D’ailleurs, les éléments offensifs ont bien compris la consigne. Dès qu’ils le peuvent, Igor Thiago, Kevin Schade et Dango Ouattara s’appuient sur leur vitesse respective pour réaliser des appels dans le dos des défenses adverses et profiter des espaces à leur disposition. De là, ils tentent de s’imposer dans leurs duels et de combiner pour faire pleuvoir le danger. Ce schéma est la principale arme de Brentford et elle porte ses fruits.

Une certaine efficacité offensive
Déjà plusieurs fois cette saison, les hommes de Keith Andrews ont marqué en explosant très vite de la sorte. Le but de Ouattara lors de la victoire contre Aston Villa a été inscrit de cette manière (1-0) ; pareil pour celui de Schade face à Chelsea (2-2) ; même approche lors des deux buts de Thiago lors du succès contre Manchester United (3-1) ; et enfin même scénario sur les réalisations de Thiago et Jensen à West Ham (0-2). Résultat ? Igor Thiago a fait trembler les filets à cinq reprises en Premier League, alors que Jordan Henderson compte deux passes décisives grâce à ses ouvertures maîtrisées. Une tactique redoutable, d’autant plus que Brentford n’a tiré que 77 fois au but cette saison (17e de PL) ! Mais les Bees enregistrent jusqu’ici – et de loin – le taux de tirs cadrés le plus élevé du championnat (37,7 %) et sont aussi ceux qui sont le plus proche de la cage adverse au moment où ils tentent leur chance (12,6 mètres). Aucun doute là-dessus, l’approche du néo-coach est efficace.
Les touches, la botte secrète de Keith Andrews
Mais d’un autre côté, Keith Andrews n’a pas renié son passé. L’homme de 45 ans s’appuie sur son appétence pour les coups de pied arrêtés pour rendre son équipe polyvalente. Dangereux mais pas encore récompensés sur coup franc et corner, les Bees sont cependant devenus une référence sur les touches longues en Premier League. Le spécialiste en la matière ? Michael Kayode. L’Italien est capable de catapulter le ballon jusque dans les dernières encablures adverses avec une puissance et une qualité déconcertante. Pourtant, il se trouve parfois à plusieurs dizaines de mètres de la cage au moment de s’élancer. Au terme de la septième journée, il était d’ailleurs le joueur qui a réalisé le plus grand nombre de longues touches jusque dans la surface de réparation adverse en championnat (30 unités). Et cela porte ses fruits : contre Chelsea, Fabio Carvalho a profité d’une déviation bien sentie au premier poteau sur une longue touche pour égaliser dans les derniers instants. Notons qu’à contrario, Brentford n’a encaissé que deux buts sur coup de pied arrêtés cette saison : l’un sur corner et l’autre sur penalty.
Deux systèmes utilisés
Enfin, et c’est aussi l’une des forces du manager irlandais, c’est sa capacité à s’adapter. L’ex-adjoint de Thomas Frank n’hésite pas à changer de système de jeu en fonction de ses adversaires, alternant entre son 4-2-3-1 préférentiel et un 5-3-2. La seconde animation lui permet de densifier l’axe de sa défense contre les grosses écuries du championnat, bien qu’il demande constamment à chacun de ses joueurs de travailler sans le ballon, souvent proche de leur propre but. Les Bees disposent régulièrement d’un bloc sur une profondeur de 30 mètres, dans leur dernier tiers, coulissant avec combativité pour ne pas concéder de situation. Porté par son capitaine Nathan Collins, Brentford est le 4e club qui contre le plus de tentatives adverses (35 unités). Et c’est ensuite, depuis cette position basse, que les Londoniens peuvent exploiter tous les espaces à leur disposition offensivement. Alors certes, Brentford est en reconstruction cette saison. Mais pas de quoi gêner un Keith Andrews qui a su imposer ses idées, exploiter les qualités de ses joueurs et surtout obtenir des premiers résultats encourageants. À lui de poursuivre sur cette voie.