Quelle est la formule gagnante du Sunderland de Régis Le Bris ?

Sunderland est un promu surprenant. Le club dirigé par Régis Le Bris réalise un début de saison remarquable, récompensé par une sublime quatrième place en Premier League, devant Liverpool, Tottenham Hotspur ou Manchester United. Mais comment s’organisent tactiquement les Black Cats du manager français et quels sont leurs atouts ?

Dan Ballard célèbre son but pour Sunderland contre Arsenal
Sunderland effectue un début de campagne canon en Premier League, se classant 4e au bout de 11 journées.

C’est la grande sensation de ce début de saison en Premier League. Pour son retour dans l’élite anglaise après huit ans d’absence, Sunderland surpasse l’ensemble de ses rêves les plus fous. Au terme des 11 premières journées, les Black Cats sont quatrièmes du championnat, avec 19 points au compteur. En plus d’effectuer l’un des meilleurs débuts d’exercice de leur histoire moderne, ils ont presque déjà égalé leur total de points engrangés durant la totalité de leur dernière campagne en première division, en 2016-2017 (24 unités). D’ailleurs, seul Hull City a fait mieux en tant que promu en Premier League, puisqu’au même stade de la compétition en 2008-2009, les Tigers comptaient 20 points. Bref, c’est une performance rare que réalise Sunderland et elle est avant tout le fruit du travail d’un homme : Régis Le Bris.

Une équipe rigoureuse

Certes, la direction du club a investi cet été près de 187,9 millions d’euros sur le marché des transferts pour renforcer l’effectif. Mais c’est bien l’entraîneur français qui a parfaitement géré l’acclimatation de ses recrues et qui dicte depuis son banc les partitions millimétrées de son équipe. Oui, Sunderland est devenue une formation très difficile à manœuvrer. La preuve dans un premier temps par les résultats. Jusqu’ici, les Black Cats ne se sont inclinés qu’à deux reprises, enregistrant cinq victoires et quatre nuls en championnat. Un bilan en grande partie dû à la mentalité héroïque des joueurs, puisque Sunderland est la 7e équipe de Premier League qui cumule le plus de duels gagnés (566 unités). Mais les pensionnaires du Stadium of Light ont aussi inscrit dix de leurs quatorze buts en seconde période, dont cinq dans le temps additionnel. En clair, Sunderland n’abandonne jamais.

Régis Le Bris manager de Sunderland donne ses consignes
Régis Le Bris se veut toujours très sérieux et concentré dans sa zone technique pendant les matchs.

Un édifice défensif des plus compacts

Mais ces prestations abouties s’expliquent également par la tactique prônée par Régis Le Bris. L’ex-coach du FC Lorient s’est laissé séduire par une animation hybride, qui fait de Sunderland une formation polyvalente. Les statistiques de possession le prouvent, en passant seulement 43,4 % du temps avec le ballon dans les pieds, les Black Cats sont l’une des équipes qui conservent le moins le cuir (18e de PL). De quoi les obliger à défendre régulièrement. C’est pourquoi Régis Le Bris a érigé un bloc en 5-4-1 en phases défensives ces dernières semaines, caractérisé par des lignes solides et une organisation rigoureuse. Personne ne se cache sur le terrain : tout le monde se montre généreux et agressif pour mettre la pression sur l’adversaire. Résultat ? Sunderland relève 363 dégagements (2e) et 41 contres (7e). Couvert par un Robin Roefs en pleine grâce dans les buts avec 39 arrêts cette saison (2e), les Black Cats se positionnent comme l’une des meilleures défenses de Premier League. Ils n’ont encaissé que dix buts jusqu’ici (4e), pour quatre clean sheets (6e). Une force.

Robin Roefs gardien Sunderland
En plus de sa défense très solide, Sunderland peut compter sur un gardien de haut niveau avec Robin Roefs.

Le 4-3-3 de Régis Le Bris en phase de possession

Avec le ballon, la donne évolue. D’abord tactiquement. Dès le début de la saison, Régis Le Bris a souhaité aligner son équipe en 4-3-3 en phase de possession. Sauf que la blessure précoce de Habib Diarra est venue dégarnir son milieu de terrain. Le manager français s’est donc adapté. Dorénavant, le latéral droit Trai Hume bascule dans l’entrejeu quand Sunderland a le ballon pour évoluer aux côtés des indéboulonnables Granit Xhaka et Noah Sadiki. Conséquence : Nordi Mukiele peut coulisser dans le couloir pour offrir une solution en attaque placée, voire monter si besoin. Cette animation permet à Sunderland de se retrouver en supériorité numérique dans le cœur du jeu, ou a minima de se calquer sur le système adverse.

Granit Xhaka capitaine Sunderland
Arrivé cet été du Bayer Leverkusen, Granit Xhaka s’est tout de suite imposé comme le patron des Black Cats sur le terrain.

Les armes phares de Sunderland

Pour autant, ce n’est pas lors de ces attaques placées que Sunderland rayonne le plus. Les Black Cats manquent quelque peu de créativité et éprouvent certaines difficultés à verticaliser le jeu dans ces situations. L’absence d’un véritable numéro dix dans le système tactique y est pour beaucoup. D’autres solutions sont privilégiées pour se montrer dangereux plutôt qu’un redoublement incessant de passes courtes. Par exemple, les hommes de Régis Le Bris usent régulièrement du jeu long. Bien aidé par la justesse de leur capitaine Granit Xhaka, ils ont déjà réalisé 794 passes longues cette saison en Premier League, soit le 8e total du championnat. Une option aussi rendue utile grâce à la qualité de Wilson Isidor dos au jeu. Autre atout qui se rapproche du précédent : le centre. Sunderland se veut très efficace dans ce domaine, puisque le club a déjà marqué à trois reprises via des centres dans le jeu, à l’image de ce but victorieux d’Isidor contre Brentford (2-1). Mais le promu apprécie aussi la contre-attaque. Friands d’espaces, les Black Cats aiment exploser rapidement à la récupération. Une stratégie payante, qui leur a permis de s’imposer sur la pelouse de Chelsea en fin de match (1-2).

Les phases arrêtées pour briller

Mais Sunderland se débrouille aussi très bien sur toutes les phases arrêtées. Peu mis en danger défensivement dans ce domaine, le club du nord de l’Angleterre a fait de ces situations une arme dans son jeu. Pour cela, il s’appuie sur les gabarits dominants de Dan Ballard, Omar Alderete, Nordi Mukiele ou d’un Wilson Isidor, cité précédemment. Les deux premiers ont trouvé le chemin des filets cette saison en montant sur des coups francs, respectivement contre Arsenal (2-2) et Nottingham Forest (0-1). L’autre arme de Sunderland, ce sont les touches. Elle s’illustre par l’impressionnante capacité de Nordi Mukiele à catapulter des bons ballons dans la surface adverse, mais aussi par la promptitude de ses coéquipiers à s’imposer à la retombée. Isidor a marqué à la suite d’une touche à Chelsea. Notons d’ailleurs que les Black Cats brillent par leur efficacité, car ils n’ont tiré que 110 fois cette saison en Premier League (17e). Avec 14 buts inscrits, ils surperforment largement puisque leurs expected goals comptabilisés ne s’élèvent qu’à 10,2.

Nordi Mukiele se préparer à une longue touche pour Sunderland
Les longues touches de Nordi Mukiele représentent une véritable force pour Sunderland cette saison.

Des joueurs au sommet de leur art

Enfin, certaines individualités portent tout particulièrement Sunderland cette saison. En premier lieu, Granit Xhaka. À peine arrivé, l’ancien milieu d’Arsenal s’est accaparé les clés du jeu de son équipe, se muant comme le relai de son coach sur le pré. Il est l’un des meilleurs à son poste en termes de passes progressives et dispose déjà de trois assists. Wilson Isidor se démarque aussi grâce à son sens du but. Le Français a déjà fait trembler les filets adverses à quatre reprises. Plus bas sur le pré, Robin Roefs s’est affirmé comme l’un des meilleurs gardiens de Premier League, quand Nordi Mukiele revit de par sa solidité défensive et son leadership. Mentions honorables à Noah Sadiki, Enzo Le Fée et Trai Hume qui sont tous les trois des éléments prépondérants du système de jeu de Régis Le Bris. L’entraîneur breton espère maintenant voir cette somptueuse entame d’exercice se poursuivre. Cependant, le calendrier va se densifier et se corser, avec des confrontations contre Liverpool, Manchester City ou Tottenham Hotspur au programme ces prochaines semaines. Mais plus que jamais, un promu pourrait enfin se maintenir en Premier League pour la première fois depuis deux saisons.