Quand West Bromwich Albion arrachait un maintien héroïque en Premier League en 2004-2005

Loin des projecteurs de la course au titre, West Bromwich Albion s’est offert en 2004-2005 l’un des plus beaux maintiens de l’histoire de la Premier League. Quand les statistiques les envoyaient en Championship et que les observateurs ne croyaient plus en eux, les Baggies ont réalisé un exploit immortel dans le football anglais.

Bryan Robson Kieran Richardson Darren Moore célèbrent le maintien de West Bromwich Albion
Le West Bromwich Albion de Bryan Robson a réalisé une saison 2004-2005 exceptionnelle pour décrocher son maintien en Premier League. (Crédit photo : Laurence Rampling/WBA)

À l’été 2004, aucun habitant de West Bromwich ne pouvait imaginer l’exploit sportif sensationnel dont il allait être témoin. À cette époque, les citoyens de cette ville industrielle de la banlieue ouest de Birmingham nageaient déjà dans le bonheur : leur club de toujours, West Bromwich Albion effectuait son retour en Premier League. Un accomplissement considérable pour cette formation, plus vraiment habituée aux joutes de l’élite anglaise. Effectivement, mis à part un passage éclair un an auparavant, ponctué d’une relégation immédiate, les Baggies n’avaient plus goûté aux joies de la première division depuis l’exercice 1985-1986. Un sacré bail pour une institution historique du football britannique, lauréate du titre de champion en 1920. Sauf que cette fois, le club voulait tout mettre en œuvre pour se maintenir.

Un mercato pilier pour West Brom

Jeremy Peace, président et actionnaire majoritaire du club, a redoublé d’efforts pour constituer une équipe compétitive sur le pré. Sans investisseur étranger derrière lui, il a profité des retombées économiques de la promotion en Premier League (entre 25 et 30 millions d’euros à l’époque), mais aussi de sa gestion financière pointilleuse pour compléter son effectif. C’est ainsi qu’il a pu faire signer le milieu offensif Zoltan Gera, l’ex-pépite de Cardiff Robert Earnshaw, mais aussi l’ancien attaquant d’Arsenal Nwankwo Kanu. Au total, dix joueurs rejoignent le club, contre un montant de 13,6 M€. Une somme dérisoire dans le football d’aujourd’hui, mais qui en 2004, représentait le septième plus gros budget transfert du championnat. West Brom avait dépensé plus que le champion en titre Arsenal, qu’Aston Villa ou Manchester City, qui n’était pas encore passé sous pavillon émirati.

West Bromwich Albion équipe 2004-2005
Jeremy Peace a fait tout ce qu’il a pu pour bâtir une équipe compétitive en Premier League. (Crédit photo : Laurence Rampling/WBA)

Un début de saison totalement raté

Mais la Premier League est impitoyable. Sur le terrain, malgré ses renforts et ses efforts, WBA ne gagne pas. Les pensionnaires de The Hawthorns ne décrochent pas le moindre succès lors de leurs sept premiers matchs de la saison. Le bilan ? Quatre nuls, trois défaites et une … 18e place au classement. Déjà, West Brom patauge dans la zone de relégation. Heureusement, le club décroche le 2 octobre sa première victoire de l’exercice. Un triomphe à domicile 2-1 contre Bolton Wanderers, qui donne de l’air à l’équipe. Mais c’est ensuite que les événements se corsent. Les coéquipiers de Darren Moore enchaînent un 0-0 contre Norwich City et une défaite 3-0 à Crystal Palace. Des contre-performances face aux deux autres promus qui coûtent son poste au manager Gary Megson. L’homme de 45 ans est démis de ses fonctions à la fin du mois d’octobre et laisse le club gésir en 16e position.

Zoltan Gera célèbre un but avec West Bromwich Albion
Zoltan Gera s’est rapidement mué comme un joueur cadre des Baggies lors de cette saison 2004-2005. (Crédit photo : Laurence Rampling/WBA)

Un nouveau coach : Bryan Robson

Pour le remplacer, le club nomme Bryan Robson. Ex-manager de Middlesbrough, qu’il a réussi à installer en Premier League, il sort d’une expérience difficile avec Bradford City en deuxième division. Sauf que sa mission à West Bromwich Albion commence de manière laborieuse, pour ne pas dire catastrophique. C’est simple, il s’incline lors de six de ses sept rencontres inaugurales. Seul un petit match nul sur la pelouse d’Highbury contre Arsenal (1-1) offre du baume au cœur aux supporters. À Noël, les Baggies occupent la position de lanterne rouge de l’élite anglaise, avec huit points de retard sur le premier non relégable. Pour rappel, jamais un club n’a réussi à se maintenir en Premier League en étant dernier le 25 décembre. Pire, le lendemain, lors du festif Boxing Day, WBA est balayé dans son propre stade par Liverpool (0-5). Bref, il faut trouver un moyen de réagir.

Darren Moore au duel avec West Bromwich Albion
Chaque week-end, le combat était rude pour Darren Moore et ses coéquipiers dans leur quête de maintien. (Crédit photo : Laurence Rampling/WBA)

Enfin une éclaircie ?

Après cette débâcle, West Brom parvient à stopper l’hémorragie en enchaînant trois matchs nuls consécutifs contre Manchester City (1-1), Bolton (1-1) et Newcastle (0-0). La direction profite également de la fenêtre du mercato hivernal pour se renforcer. À l’heure où les meilleurs buteurs de l’équipe sont Robert Earnshaw et Zoltan Gera avec quatre buts chacun, WBA parvient à signer l’expérimenté attaquant Kevin Campbell. Le club solidifie aussi son couloir gauche avec l’arrivée en prêt du jeune Kieran Richardson en provenance de Manchester United. Des choix payants. Le 22 janvier, les hommes de Bryan Robson battent Manchester City (2-0), grâce notamment à un but de Campbell. C’est seulement leur deuxième victoire de la saison. De quoi mettre fin à une disette de quinze matchs, soit la plus longue série de rencontres sans succès de toute la Premier League cette saison-là. Au cours du mois qui suit, ils enchaînent avec deux nuls en trois matchs, puis font tomber Birmingham City (2-0). De quoi permettre au club d’enfin quitter la dernière place du classement et de passer au 19e rang.

Une réaction au printemps

De là, West Brom va mieux. Poussé par l’arrivée d’un Campbell promu capitaine, Earnshaw se libère et multiplie les buts. Par exemple, il s’offre à la mi-mars un triplé lors d’un succès 4-1 sur la pelouse de Charlton Athletic. Poussés par des supporters toujours au rendez-vous et bruyants, les Baggies font aussi tomber Everton dans leur stade. Mieux, après un nul sur la pelouse d’Aston Villa (1-1) pour le compte de la 32e journée de PL, c’est tout un club qui s’offre une bouffée d’oxygène. Oui, pour la première fois depuis la 12e journée, Albion quitte la zone de relégation. Un plaisir qui ne durera que deux week-ends, mais qui aura le mérite d’exister. Car désormais, West Bromwich est plus que jamais relancé dans la course au maintien. Pour autant, le temps presse. Et dans le sprint final, WBA piétine. Après une lourde défaite sur la pelouse de Middlesbrough (4-0), ils manquent une belle opportunité de s’imposer contre Blackburn Rovers (1-1), tombent face à Arsenal (0-2) et accrochent un point contre Manchester United (1-1). À un match du terme, West Brom est retombé … à la dernière place du classement.

Robert Earnshaw marque un but pour West Bromwich Albion
À 24 ans, Robert Earnshaw était le leader de l’attaque de West Bromwich Albion en Premier League. (Crédit photo : Laurence Rampling/WBA)

Une dernière chance pour se maintenir

Pourtant, rien n’est encore joué. Avant le coup d’envoi de la 38e et ultime journée de Premier League, West Bromwich Albion (31 points) n’a que deux points de retard sur le premier non relégable, Norwich City. Les deux clubs sont séparés par Southampton et Crystal Palace, qui comptabilisent tous les deux 32 points au compteur. Oui, chose exceptionnelle, c’est bien une bataille entre quatre clubs qui se présente, pour une seule et unique place en Premier League la saison prochaine. À The Hawthorns, dans cette dernière rencontre tendue, WBA ne trouve pas l’ouverture contre Portsmouth. C’est pourquoi Bryan Robson décide de faire rentrer Geoff Horsfield en seconde période. Et quelques secondes à peine après son apparition, le voilà qui donne l’avantage aux Baggies. Cela faisait près de treize mois que le numéro 9 n’avait pas marqué dans son enceinte ! Un quart d’heure plus tard, il est imité par Kieran Richardson, qui permet à son équipe de breaker. Un score définitif, West Brom s’impose 2-0.

Geoff Horsfield célèbre son but contre Portsmouth avec West Bromwich Albion
Geoff Horsfield a délivré The Hawthorns grâce à son but contre Portsmouth lors de la dernière journée. (Crédit photo : Laurence Rampling/WBA)

L’un des plus gros exploits de la Premier League

Mais les Baggies ne sont pas maintenus pour autant. S’ils ont parfaitement réalisé leur part du travail, ils étaient entièrement dépendants des résultats de leurs concurrents, dont les rencontres se disputaient toutes dans le même temps. Norwich a craqué et s’est incliné 6-0 à Fulham. Southampton menait mais a été renversé par Manchester United (1-2). Seul match qui se finit après celui de West Brom : un Charlton – Crystal Palace, bloqué à 2-2. À The Hawthorns, joueurs, staff, supporters, tout le monde tente de suivre le score de cette rencontre qui semble mettre une éternité à se terminer. Jusqu’au coup de sifflet final. Le score ne bougera plus à Charlton, c’est officiel : WBA se maintient en Premier League. Un exploit exceptionnel, qui accouche d’une effervescence totale, une joie incommensurable et une communion unique entre tout un club. Les supporters quittent leurs tribunes et envahissent la pelouse, célébrant tous ensemble ce moment d’histoire. Sans aucun doute, le parcours de West Bromwich Albion en 2004-2005 fait partie intégrante de la légende de la Premier League.

Les supporters de West Bromwich Albion envahissent la pelouse
West Bromwich Albion se maintient en Premier League en 2005