C’est officiel, après seulement trois rencontres disputées cette saison, Nuno Espirito Santo est contraint de quitter Nottingham Forest. Le manager fait les frais de tensions persistantes avec son président Evangelos Marinakis. Son historique campagne 2024-2025 à la tête des Reds n’est déjà plus qu’un lointain souvenir.

La nouvelle était attendue, elle n’en reste pas moins choquante. Discrètement, dans la nuit du 8 au 9 septembre, Nottingham Forest a publié un communiqué laconique sur son site officiel pour annoncer le licenciement de son manager, Nuno Espirito Santo. « À la suite des circonstances récentes, Nuno Espirito Santo a été relevé de ses fonctions » peut-on lire. Une décision déconcertante, fruit du pouvoir d’un seul homme : le président et propriétaire du club, Evangelos Marinakis. Depuis plusieurs semaines, voire quelques mois maintenant, les relations entre les deux hommes s’étaient drastiquement crispées. Fini l’idylle qui accompagnait les premiers exploits sur le rectangle vert. Depuis une brouille survenue après une contre-performance contre Leicester en mai dernier, la tension avait atteint un paroxysme irréparable. « Là où il y a de la fumée, il y a du feu. Cette saison, ça ne va pas très bien entre nous. Notre relation a changé et nous ne sommes plus aussi proches. Ce n’est pas une bonne chose. Tout le monde au club devrait être ensemble, mais ce n’est pas la réalité », avouait le coach portugais en conférence de presse fin août.
Une relation conflictuelle avec Marinakis
La raison principale de ces frictions ? Le manque d’ambition de la direction sur le marché des transferts. Nuno Espirito Santo a été contraint de ronger son frein une grande partie de l’été face à l’inactivité de son club dans le sens des arrivées. Frustré, il n’avait pas hésité à laisser transparaître son agacement publiquement le mois dernier. « Nous avons des doutes : qui sera là à la fin de l’été ? Quand les nouvelles recrues arriveront-elles ? Toutes ces choses créent des doutes. Nous avons perdu une opportunité de faire les choses en tant que club. » Mais son pressing a fini par faire mouche. Au 1er septembre, Nottingham Forest décomptait treize nouveaux joueurs dans son effectif. Montant investi ? 236,9 millions d’euros, soit le 6e total le plus élevé de la Premier League. De quoi satisfaire les velléités du coach. Car l’ancien de Wolverhampton était persuadé d’une chose : il fallait doubler chaque poste en vue d’une campagne 2025-2026 marquée par le retour de Nottingham en coupe d’Europe.
Une fête devenue cauchemar
Oui, pour la première fois depuis 1995, les Tricky Trees participeront à la Ligue Europa cette saison. Un exploit inattendu pour un club qui végétait encore en Championship en 2022. Mais Nuno Espirito Santo a transformé cette équipe. Arrivé sur le banc du City Ground en décembre 2023, il sauve d’abord Nottingham de la relégation en arrachant une 17e place au terme d’un exercice mal embarqué. Mais c’est la saison suivante que les étoiles s’alignent. Pour sa première (et seule) campagne complète à la tête des Reds, il permet à sa formation de jouer les premiers rôles en championnat. Nottingham est la surprise indomptable de cette saison de Premier League, s’installant même sur la troisième marche du podium jusqu’à la 33e journée. Cependant, les rêves de Ligue des champions s’évaporent dans le sprint final, puisque le club n’arrache que deux victoires lors des huit dernières rencontres. De quoi glisser au 7e rang. Pour autant, cette place représente une performance fabuleuse. De quoi permettre au coach d’étendre son bail jusqu’en 2028 … en juin dernier ! Pour être bien clair, il était impossible de mettre à la porte Nuno Espirito Santo en raison de ses résultats sportifs.
Qui est Evangelos Marinakis ?
Il est l’un des personnages les plus farfelus de Premier League. Décrit comme froid, exigeant, voire colérique, l’homme d’affaires grec attire les regards en Angleterre depuis le rachat de Nottingham Forest en 2017. Également aux commandes de l’Olympiakos, il s’est retrouvé au cours de sa carrière professionnelle au cœur de nombreuses polémiques, enquêtes et scandales. La preuve, il fait l’objet d’accusations de conflit d’intérêt, est soupçonné de matchs truqués en Grèce, est accusé d’inciter et de faciliter les violences entre supporters, et a déjà été poursuivi par la justice dans son pays pour appartenance à une organisation criminelle, ainsi que pour détention et trafic de drogue. Aujourd’hui, ses liens avec le cow-boy John Textor, ex-président déchu de l’Olympique Lyonnais, interrogent quant à la transparence des transactions entre Nottingham et Botafogo.
L’arrivée d’Edu n’a rien arrangé
Au-delà de ces tensions avec son sulfureux patron grec, le courant ne passait pas non plus entre Nuno Espirito Santo et le responsable mondial du football au sein du club, le prénommé Edu. Arrivé cet été d’Arsenal, ce dernier voulait voir Nottingham proposer d’autres partitions sur le pré. Il réclamait à son manager un football plus offensif, plus entreprenant, plus dominant. Une requête écartée d’un revers de main par Nuno Espirito Santo. Il faut dire que le Portugais s’appuie depuis toujours sur des animations tactiques plus conservatrices. Ses armes ? Un bloc ultra solide et la contre-attaque. La saison passée, Nottingham Forest disposait de seulement 41,2 % de possession de balle en moyenne, soit le 18e total de Premier League. Mais c’est aussi l’équipe qui a tenté le moins de passes durant la saison (14 366 unités), avec également le plus faible taux de transmissions réussies (75,3 %). Résultat ? Les Reds disposaient de la 6e meilleure défense du Royaume (46 buts encaissés), portés par leur gardien, Matz Sels, détenteur du record de clean sheet sur la saison (13 unités).
Un effectif adapté à son système
C’est ce style de jeu qui a permis à Nottingham Forest de réaliser de grandes choses en 2024-2025. Dans cette animation, marquée par de la verticalité, de l’intensité en possession et la recherche constante de la cage adverse, les ailiers Anthony Elanga et Callum Hudson-Odoi se sont régalés. Les boulevards laissés à leur disposition sur les ailes leur ont permis de malmener chaque week-end les défenses adverses grâce à leur vitesse et leur capacité de percussion. L’autre grand bénéficiaire de ce système de jeu ? Chris Wood. À 33 ans, l’avant-centre néo-zélandais a inscrit la bagatelle de vingt buts dans l’élite britannique, son record personnel. Mais l’homme de la saison à Forest, c’était assurément Morgan Gibbs-White. Le milieu offensif a passé un cap sous la houlette de Nuno Espirito Santo. Le coach a remis les clés du jeu à son numéro 10, qui s’est aussi bien montré influent offensivement (7 buts et 10 passes décisives) que généreux défensivement. Et que dire des intégrations express de Murillo et de Nikola Milenkovic en défense, ou de l’efficace tendance de Nuno Espirito Santo à passer à cinq derrière pour conserver un avantage au tableau d’affichage ?

Quel avenir pour Nottingham Forest ?
L’ex-coach de Tottenham était respecté et apprécié par ses joueurs, qui lui vouaient une confiance aveugle. Vu leurs progrès sur le terrain et les performances accomplies, facile de comprendre pourquoi. En ce début de saison, malgré l’ambiance délétère entourant le club, Nuno Espirito Santo avait réussi à placer ses Reds à la 10e place du classement avec quatre points. Et ce, malgré une cinglante défaite encaissée contre West Ham lors de la 3e journée (0-3). Mais Evangelos Marinakis n’en pouvait plus de cette situation pesante et a profité de cette trêve internationale pour faire le ménage. Reste à voir comment cette annonce sera encaissée par les joueurs, et notamment les recrues, puisque certaines ont sûrement été convaincues de venir par Nuno Espirito Santo lui-même. Est-ce de mauvaise augure pour la suite de la saison des Tricky Trees ? L’autre interrogation principale : qui va prendre place sur le banc ? À ce jour, trois noms circulent dans la presse. Le favori serait Ange Postecoglou, tout juste parti de Tottenham cet été. Suivent Marco Silva (Fulham) et le célébrissime José Mourinho, libre depuis son départ de Fenerbahçe. Une chose est sûre, cette agitation est loin d’être optimale pour préparer un déplacement périlleux à l’Emirates Stadium face à Arsenal (le 13 septembre). Et encore moins à quelques jours de ce retour tant attendu sur la scène européenne.