Mais jusqu’où peut aller Aston Villa cette saison en Premier League ?

Troisième de Premier League, à trois encablures du leader Arsenal, Aston Villa impressionne. Après un début de saison totalement raté, Unai Emery a relancé le club de Birmingham, qui multiplie les victoires depuis le mois d’octobre. Tombeurs de la majorité des cadors du championnat, les Villans peuvent-ils s’affirmer comme l’élément surprise de la course au titre ?

Youri Tielemans et Morgan Rogers Aston Villa Premier League
Aston Villa se trouve dans une forme merveilleuse, avec une série de dix victoires consécutives.

Qui pouvait imaginer, au soir du 21 septembre dernier, qu’Aston Villa figurerait à la 3e place de la Premier League lors du réveillon de Noël ? Ce jour-là, sur la pelouse de Sunderland, les Villans venaient d’enchaîner un cinquième match consécutif sans succès pour lancer leur campagne 2025-2026. Leur bilan : trois nuls et deux défaites, synonyme de 18e place au classement. Pire, ils avaient inscrit au Stadium of Light leur tout premier but de la saison, après avoir passé leurs quatre matchs inauguraux sans trouver le chemin des filets. Mais que ce temps semble lointain. Depuis, les coéquipiers de John McGinn ont bouleversé le cours de leur exercice. Aston Villa vient d’accumuler onze victoires lors des douze dernières rencontres de Premier League, s’inclinant seulement à Liverpool au début du mois de novembre (2-0). Toutes compétitions confondues, le club de Birmingham reste même sur une série de dix victoires consécutives. Une première depuis … 1914 !

Aston Villa bien installé sur le podium

Logiquement, Aston Villa a petit à petit retrouvé une place au classement plus en adéquation avec ses ambitions et son statut. Après 17 journées de Premier League, le septuple champion d’Angleterre est solidement installé sur la dernière marche du podium. Avec 36 points au compteur, il ne compte que trois unités de retard sur le leader Arsenal, et une sur Manchester City. Surtout, les hommes d’Unai Emery disposent déjà de sept longueurs d’avance sur ses poursuivants, Chelsea et Liverpool. Autant dire qu’ils ont totalement intégré le wagon de tête, aux côtés des deux favoris pour la couronne nationale. Deux formations qu’ils ont battues. Oui, dans leur antre de Villa Park, les Lions sont venus à bout de Manchester City (1-0), puis d’Arsenal (2-1). C’est la seule équipe à avoir réalisé cette prouesse cette saison. Notons également les victoires contre Tottenham Hotspur (1-2) et Manchester United (2-1).

Unai Emery manager d'Aston Villa donne ses consignes en Premier League
Unai Emery a totalement replacé Aston Villa sur la carte des clubs qui comptent dans le football anglais.

Une tactique huilée et maîtrisée

Mais pour arriver à ce résultat, Unai Emery a travaillé d’arrache-pied avec son effectif pour retrouver les standards de performance souhaités. Son idée du football est simple : il veut que son équipe soit maître de ses partitions sur le terrain. Cette volonté de contrôle s’affiche par une consigne en particulier, celle de relancer proprement depuis le gardien. Cette saison, Aston Villa est l’équipe qui s’est échangée le plus de ballons dans sa propre surface de réparation (1 372 unités). L’objectif ? Aspirer et désorganiser le pressing adverse par un redoublement de passes propres, pour mieux éliminer l’adversaire et bénéficier des espaces dans son dos. Un jeu risqué, mais qui doit permettre à Aston Villa de verticaliser ses attaques placées au bout de quelques passes. Les attaquants ont ensuite du champ pour combiner, utiliser leur vitesse dans les couloirs et se montrer dangereux. En somme, le but est de transformer une attaque placée initiée dans sa surface de réparation, en une attaque rapide dans la moitié de terrain adverse.

Des joueurs en grande forme

Sauf qu’à la vue du pédigrée des Villans et de leur réussite, leurs adversaires penchent pour la méfiance. Souvent, les joueurs d’Unai Emery accaparent la possession du ballon (52,1 %) contre des équipes regroupées sur le pré, dont il faut briser le verrou. Un exercice dans lequel ils apparaissent moins à l’aise, mais sur lequel ils ont fait état de progrès depuis le début de la campagne. Youri Tielemans fait par exemple partie des milieux de terrain dont le taux de passes progressives est le plus important de Premier League. La forme étincelante de Morgan Rogers (7 buts et 3 passes décisives), combinée à l’apport des latéraux dans les deux couloirs, et au travail d’Emiliano Buendia dans les petits périmètres, permet aussi à Villa de se montrer dangereux. Attention tout de même, car Aston Villa ne cumule que 18,66 expected goals (15e de PL). Avec 27 buts marqués, les Villans sont la deuxième équipe qui surperforme le plus dans ce secteur de jeu.

Un bloc défensif solide et combatif

L’autre force de l’équipe managée par Unai Emery, c’est cette habileté à former un bloc équipe compact et cohérent. Parfaitement modulable, ce 4-2-3-1 est capable d’aller presser très haut comme un seul homme, mais aussi de rester dans ses quarante derniers mètres pour défendre contre un adversaire dominant. Une polyvalence bienvenue pour gérer les temps forts et les temps faibles. Pour cela, Aston Villa peut compter sur la science tactique de ses joueurs dans le placement, eux qui réalisent chacun les efforts pour former cet édifice. L’autre point, c’est la capacité de ces hommes à gagner des duels et gratter des ballons, incarnée par ces milieux comme Boubacar Kamara, John McGinn ou Amadou Onana. Et en cas de besoin, Unai Emery peut compter sur un Emiliano Martinez de retour à son meilleur niveau cette saison. Si Villa a concédé 18 buts depuis le début du mois d’août (5e meilleure défense), c’est en grande partie grâce au gardien argentin. Ce dernier enregistre 79,2 % d’arrêts, pour 4 clean sheets et 10 buts encaissés. Pourtant, les Villans ont concédé 214 tirs depuis le début de l’exercice (6e plus gros total).

Quelques zones d’ombre à éclairer

Reste à voir maintenant jusqu’où cette formule peut mener Aston Villa. Le club de Birmingham peut-il vraiment se mêler à la lutte pour le titre en Angleterre ? Ou doit-il avant tout penser à assurer cette place en Ligue des champions ? Comme le démontrent les statistiques d’expected goals, les Claret and Blue sont au-dessus de leurs standards attendus dans le secteur offensif. Cela s’explique par une forte proportion à marquer d’en dehors de la surface de réparation (10 buts). De plus, sur leurs onze victoires en Premier League, neuf sont intervenues avec un seul but d’écart au tableau d’affichage. Autant dire que la marge n’est pas importante. Autre point qui peut inquiéter : la méforme d’Ollie Watkins. Habitué à dépasser la barre des quinze buts en championnat ces dernières années, l’avant-centre international anglais laisse transparaître des difficultés cette saison. Moins à l’aise dans ses déplacements et dans le jeu collectif, il n’a trouvé le chemin des filets qu’à trois reprises en quatre mois. Nul doute qu’il devra retrouver une forme plus pétillante si Villa souhaite se battre pour le sacre.

Ollie Watkins est dans une forme délicate à Aston Villa cette saison
Ollie Watkins nage en plein doute cette saison, avec seulement trois buts inscrits en Premier League.

Des ambitions moyennement dissimulées

« Bien sûr, j’aimerais que nous soyons favoris pour gagner le titre, mais ce n’est pas le cas. Nous performons très bien pour le moment, mais nous sommes troisièmes. C’est la réalité. Pour se sentir favoris, pour pouvoir réellement penser que nous puissions gagner la Premier League, nous devons être cohérent et très, très exigeant. Et par-dessus tout, être humble » expose Unai Emery d’un ton mesuré. Il faut dire que malgré la progression phénoménale d’Aston Villa ces dernières saisons, une bataille pour le titre n’en resterait pas moins surprenante. Arrivé au club en octobre 2022, l’entraîneur basque a conduit son équipe à la 7e place de l’élite anglaise en 2023, la 4e en 2024, puis la 6e la saison passée. Il a également atteint les quarts de finale de la dernière Ligue des champions, éliminé contre le futur vainqueur, le Paris Saint-Germain. Un parcours dantesque pour ce club champion d’Angleterre pour la dernière fois en 1981, remonté en Premier League en 2019. Au point de se laisser rêver à un destin étoilé ? La période des fêtes, marquée par des oppositions contre Chelsea (le 27/12) et Arsenal (le 30/12), fera office de premier élément de réponse.