L’intégration difficile des recrues estivales dans le système de jeu d’Arne Slot à Liverpool

Cet été, Liverpool a dégainé le portefeuille : 482,9 millions d’euros dépensés. Pourtant, jusqu’ici, les recrues comme Florian Wirtz, Milos Kerkez ou Alexander Isak peinent à briller au sein de l’animation tactique d’Arne Slot. Mais quel est le problème et comment le résoudre ?

Florian Wirtz Liverpool
Arrivé sur les bords de la Mersey en grande pompe, Florian Wirtz n’a pas encore réussi à s’imposer sous ses nouvelles couleurs.

Liverpool respire enfin. Après un mois d’octobre cataclysmique, marqué par une série de quatre défaites consécutives en Premier League (six revers en sept matchs toutes compétitions confondues), les Reds sont finalement parvenus à retrouver le goût de la victoire. D’abord en championnat, avec un succès 2-0 contre Aston Villa. Puis en Ligue des champions, face au Real Madrid (1-0). Mais ces deux rencontres gagnées ne sont pas le simple fruit du hasard, voire d’un coup de chance. Elles sont toutes les deux liées par une chose : les choix d’Arne Slot. Face aux difficultés de son équipe sur le terrain depuis le début de la saison, le manager néerlandais a décidé de revenir aux basiques. En d’autres termes, il s’est à nouveau appuyé sur l’animation tactique déployée lors de l’exercice 2024-2025, qui a vu le club s’octroyer le titre de champion d’Angleterre.

Un onze de départ très traditionnel

Dans le détail, Arne Slot a dressé son équipe en 4-2-3-1 contre Aston Villa et le Real Madrid, faisant confiance à ses cadres de l’exercice précédent. Terminé de voir Dominik Szoboszlai être baladé aux quatre coins du terrain : le Hongrois retrouve son poste habituel de milieu offensif. Après quelques passages sur le banc, Alexis Mac Allister est reconduit dans le double pivot au sein de l’entrejeu, aux côtés de Ryan Gravenberch. Sur la gauche de la défense, Andy Robertson retrouve même un rôle de titulaire pour la première fois de la saison, avec Cody Gakpo devant lui. Enfin, à droite, c’est le jeune Conor Bradley qui prend le poste de latéral. Vous l’aurez bien noté, ces compositions d’équipes sont presque orphelines de toute recrue. Seul Hugo Ekitiké a la chance d’être aligné deux fois d’entrée. Notons tout de même qu’il est accompagné par Florian Wirtz contre les Espagnols, en lieu et place de Gakpo. 

Hugo Ekitiké célébration avec Mohamed Salah Liverpool
Hugo Ekitiké est à créditer de débuts plutôt positifs sous le maillot de Liverpool.

Le retour du vrai Liverpool

Résultat ? Liverpool retrouve vite sa philosophie de jeu et ses repères sur le pré, offrant deux belles prestations à son public. Si la rencontre contre Villa est marquée par de la verticalité, de l’intensité, des combinaisons et un pressing haut, celle contre le Real se distingue par une maîtrise collective et une générosité de tous les instants. Bref, tous les principes du football dicté par Arne Slot. Mieux, dans ces deux matchs, les Reds ont su être dangereux. Ils multiplient les tirs, se créant au total quatre grosses occasions lors de chacune de ces confrontations. Un homme a d’ailleurs renoué avec la lumière, c’est Mohamed Salah. En perdition depuis plusieurs mois, l’Égyptien était à nouveau en jambes, multipliant les dribbles, les percussions et les bonnes transmissions. Au point d’ouvrir le score contre Aston Villa. Pareil, Alexis Mac Allister a réatteint ses standards habituels avec de grosses prestations, notamment contre la Casa Blanca, contre qui il a marqué. Enfin, même la charnière composée de Virgil van Dijk et d’Ibrahima Konaté s’est érigée comme un mur, récompensée par deux clean sheets.

composition d'équipe Liverpool
La composition d’équipe de Liverpool lors de la 10e journée de Premier League contre Aston Villa.

Un Florian Wirtz perdu sur le terrain

Le souci, c’est que l’été dernier, Liverpool a énormément investi sur le marché des transferts pour renforcer son effectif. Montant dépensé ? 482,9 millions d’euros ! Sauf qu’à ce jour, presque aucune recrue n’arrive à s’imposer dans l’écosystème d’Arne Slot. Il faut le dire, le football de l’entraîneur des Reds, basé sur les transmissions rapides, la recherche constante du but adverse et un pressing haut, n’est pas facile à assimiler en quelques semaines. Le parfait exemple est Florian Wirtz. Propulsé dans un rôle de meneur de jeu, l’Allemand est encore en phase de rodage. Recruté contre un chèque de 125 M€, il n’a jamais été décisif en Premier League. Peu influent, brouillon dans ses dribbles (43,8 % de réussite) et dans ses passes (79,6 % de précision), il n’arrive pas encore à se montrer suffisamment juste que ce soit dans ses déplacements ou en possession. Même constat pour Milos Kerkez. Titulaire lors des neuf rencontres inaugurales en Premier League, le Hongrois venu de Bournemouth fait preuve d’une trop grande fébrilité défensive. Déjà battu sur plusieurs actions décisives dans sa surface, il se met aussi souvent à la faute et multiplie les avertissements.

Hugo Ekitiké : l’exception

D’un autre côté, Jeremie Frimpong enchaîne jusqu’ici les blessures, ce qui réduit inexorablement son temps de jeu. Pas de quoi aider l’ancien du Bayer Leverkusen à s’intégrer, lui qui n’avait pas vraiment convaincu défensivement contre Crystal Palace lors du Community Shield. Pareil pour Alexander Isak. Le buteur suédois, arrivé dans les derniers instants du mercato pour 145 M€ après un bras de fer avec son ex-club de Newcastle, semble à court de rythme. Après un été entier sans s’entraîner, Isak est apparu perdu voire à contresens sur le terrain, n’ayant inscrit qu’un seul but jusqu’ici (en Carabao Cup). Il est actuellement blessé. Le seul qui brille, c’est Hugo Ekitiké. Le Français a très vite compris les consignes de son manager, et surtout, il les applique avec brio. Toujours en mouvement, doué dans ses déviations, il est à l’aise techniquement et noue de bonnes relations avec ses coéquipiers sur le pré. Il a déjà été récompensé par six buts toutes compétitions confondues, dont trois en Premier League.

Quel premier bilan pour les recrues ?
Nom du joueur Montant du transfert Nombre de matchs joués Buts marqués Passes décisives
Alexander Isak 145 M€ 8 1 1
Florian Wirtz 125 M€ 15 0 3
Hugo Ekitiké 95 M€ 15 6 1
Milos Kerkez 46,9 M€ 15 1 0
Jeremie Frimpong 40 M€ 9 1 0
Giovanni Leoni 31 M€ 1 0 0

Si le tableau ne s’affiche pas en entier sur mobile, il est possible de le faire défiler de gauche à droite.

Les recrues, l’une des causes de la méforme de Liverpool

D’un point de vue général, il faut avouer que malgré leur temps de jeu conséquent, les recrues n’ont pas convaincu. Pourtant, au cœur d’un début de campagne marqué par la méforme de plusieurs stars dans l’équipe (Mohamed Salah, Alexis Mac Allister voire Virgil van Dijk et Ibrahima Konaté), Arne Slot aurait aimé pouvoir compter sur ses nouveaux arrivants pour prendre le relais. Mais ça n’a pas été le cas. Conséquence : Liverpool a déjà perdu 4 matchs cette saison en championnat. C’est autant que sur l’ensemble de l’exercice précédent. Ils ont même déjà encaissé 14 buts cette saison (2 cleans sheets), contre seulement 6 à pareille époque l’an dernier (5 clean sheets). Offensivement, pareil. Liverpool est l’équipe qui a le plus tiré cette saison en championnat (155 tentatives) et se classe 4e en termes d’occasions créées (31 unités). Mais les pensionnaires d’Anfield n’ont cadré que 28,4 % de leurs tirs (16e) et ont déjà manqué 22 grosses occasions (2e). Ces nombreuses recrues auraient-elles déséquilibré l’équipe entière ?

Milos Kerkez Liverpool
Depuis son arrivée à Liverpool, Milos Kerkez n’a pas encore réussi à afficher le niveau qui était le sien à Bournemouth.

Une adaptation à parfaire

Ces intégrations poussives peuvent s’expliquer de différentes manières. D’abord, par un système de jeu difficile à apprivoiser en seulement quelques semaines, d’autant plus dans une Premier League aussi rugueuse. En effet, toutes ces recrues étaient habituées à d’autres consignes tactiques, qu’ils doivent désormais oublier. Il existe donc une carence nette sur le plan des automatismes. Offensivement, Florian Wirtz et Alexander Isak ne semblent pas encore en mesure de combiner avec leurs nouveaux coéquipiers, d’échanger des passes, ni même de comprendre tous les déplacements autour d’eux. Ils doivent d’abord apprendre à se situer, pour le premier dans un rôle axial dans le cœur du jeu et pour le second dans un rôle d’avant-centre mobile et disponible. Par exemple, la relation Salah – Wirtz est jusqu’ici presque inexistante. Pareil défensivement : Kerkez doit s’adapter à la manière de presser de Liverpool, doit élever son curseur d’agressivité et aussi créer une relation avec Cody Gakpo devant lui.

Des départs non remplacés

Mais n’oublions pas aussi les joueurs qu’ont perdu les Reds cet été : Trent Alexandre-Arnold et Luis Diaz. Ces deux hommes auraient probablement permis d’intégrer plus en douceur tous ces nouveaux venus. L’Anglais avait créé 53 occasions de but la saison passée en Premier League, dont 15 grosses. Surtout, il avait développé au fil des années des relations spéciales sur le pré avec ses partenaires et notamment Mohamed Salah. Un départ qui peut aussi expliquer en partie la crise traversée dans l’animation du jeu des Reds, mais également la baisse de performance traversée par Mohamed Salah. De son côté, Luis Diaz sortait d’une belle campagne à 13 buts et 5 passes décisives en PL, lui qui avait été prépondérant dans ce sacre national. Il était également un attaquant polyvalent, capable de parfaitement assumer un rôle d’avant-centre actif comme l’attend Arne Slot. Son transfert a aussi fait plus de mal qu’attendu. Sauf qu’aujourd’hui, personne ne les a tout à fait remplacés parmi les recrues et cela se ressent.

Jeremie Frimpong Liverpool
Jeremie Frimpong peut-il devenir le digne descendant de Trent Alexander-Arnold à Liverpool ?

La nécessité de laisser du temps

Rien d’étonnant donc à voir Arne Slot agir pour contrecarrer un début de saison marqué par une constante fébrilité collective. Cependant, aucun doute à avoir. Les nouveaux arrivants restent totalement inclus dans le projet de jeu mené par l’ex-coach du Feyenoord Rotterdam. Mais ils ont visiblement besoin de temps pour s’acclimater. Reste que dans cette Premier League ultra compétitive, le temps se compte en points. La preuve, malgré son retour à la 3e place du classement, Liverpool accuse déjà un retard de sept points sur le leader du championnat, Arsenal. Et quel est le prochain rendez-vous pour les Reds ? Un déplacement périlleux à l’Etihad Stadium, le dimanche 9 novembre, pour y défier Manchester City. Une rencontre qui vaudra cher, contre le 2e de PL, et lors de laquelle les choix d’Arne Slot seront scrutés avec grand intérêt.