Comment Daniel Farke s’est-il réinventé tactiquement pour relancer Leeds United ?

C’était l’une des grandes interrogations à l’orée de cette saison de Premier League : Daniel Farke a-t-il les épaules assez larges pour maintenir Leeds United dans l’élite ? Après un début de campagne épineux, le manager allemand a révolutionné son animation tactique à la fin du mois de novembre. De quoi replacer les Peacocks sur le droit chemin. Gros plan.

Daniel Farke célèbre le titre en Championship avec les supporters de Leeds
Daniel Farke a dû faire preuve d’ingéniosité pour obtenir des résultats avec Leeds en Premier League.

Cette saison, Daniel Farke est en mission. En usant de tous les moyens à sa disposition, il ne doit réussir qu’une seule chose d’ici au mois de mai prochain : maintenir Leeds United en Premier League. Une prouesse qu’il n’a encore jamais accomplie dans sa carrière de manager. Véritable spécialiste du Championship, dont il a remporté le titre à deux reprises avec Norwich City (2019 et 2021), puis une troisième fois l’an passé avec Leeds, l’Allemand a cependant toujours éprouvé de grandes difficultés au sein de l’élite anglaise. La preuve, il conduit Norwich à une nette dernière place de la Premier League en 2020. Pis, il est licencié par la direction des Canaries en novembre 2021, alors qu’il occupait à nouveau cette position de lanterne rouge. Autant dire que cet exercice 2025-2026 fait presque figure de dernière chance pour Daniel Farke dans le meilleur championnat du monde.

Une seule victoire entre octobre et novembre

Sauf qu’après 12 journées de Premier League, le ciel commençait déjà à s’assombrir au-dessus d’Elland Road. Le promu venait d’enchaîner cinq défaites en six matchs, s’inclinant notamment à Burnley (2-0), à Brighton (3-0) ou encore contre Nottingham Forest (3-1). Résultat ? Le club avait glissé à la 18e place du championnat, soit une position de premier relégable. Dans la presse, l’avenir de Daniel Farke commençait doucement à être discuté, alors que ses capacités à maintenir le club en première division étaient remises en question. D’autant que le calendrier n’avait rien pour épargner les Peacocks. Leeds allait enchaîner trois affiches XXL, avec un déplacement à Manchester City, couplé aux accueils dans son stade de Chelsea et Liverpool. Sur la pelouse des Skyblues fin novembre, les Whites vivent d’ailleurs une première période cauchemardesque : ils n’existent pas et sont menés 2-0 au moment de rentrer aux vestiaires. C’est à ce moment-là que Daniel Farke démarre sa révolution.

Lucas Perri gardien de Leeds United
Le début de saison s’est avéré assez difficile pour Lucas Perri et ses coéquipiers.

Le bouleversement de l’Etihad Stadium

Depuis le début de la saison, le technicien de 49 ans agençait son équipe dans un immuable 4-3-3. Un système traditionnel, mais dans lequel les joueurs manquaient de liant offensif et où la défense se retrouvait trop souvent exposée. Pour ce second acte à l’Etihad Stadium, Daniel Farke passe alors en 5-3-2. Il sort ses deux attaquants de couloir (Wilfried Gnonto et Daniel James), pour faire rentrer un avant-centre supplémentaire (Dominic Calvert-Lewin) et un défenseur central (Jaka Bijol). Leeds densifie son entrejeu, ce qui lui offre une protection défensive supplémentaire, s’appuie sur un duo de buteurs complémentaires et rapprochés, et laisse aux pistons le soin de multiplier les allers-retours pour procéder verticalement. Mais ce n’est pas tout. La mentalité change au sein de l’équipe. Le bloc de Leeds monte de deux crans, tandis que les joueurs gagnent en agressivité. Dans ce second acte, les Peacocks réalisent 13 tacles (vs 2 pour City), gagnent 59 % des duels, tirent 7 fois (vs 4) et se procurent 3 occasions de but (vs 1). Dominic Calvert-Lewin et Lukas Nmecha marquent chacun et permettent aux visiteurs de revenir à 2-2 ! Mais dans le temps additionnel, Phil Foden finira par redonner l’avantage à Manchester City. Leeds s’incline 3-2, mais aura offert une performance héroïque, remplie d’espoirs pour la suite.

composition d'équipe de Leeds United en 5-3-2
Le 5-3-2 (ou 3-5-2 selon les phases de jeu) de Daniel Farke s’est transformé en réussite contre les gros du championnat.

Un match référence contre Chelsea

Quatre jours plus tard, les Whites remettent le couvert avec une rencontre contre Chelsea. Cette fois, Daniel Farke anime d’entrée de jeu son équipe en 5-3-2. Et grand bien lui en a pris. Poussés par leur fervent public, les joueurs de Leeds réalisent une prestation de grande qualité contre les Blues, marquée par de la combativité, un pressing haut et de la présence dans les duels. Ils tirent à 17 reprises dans ce match (vs 14 pour Chelsea), se créent 2 occasions de buts (vs 1), réalisent 21 tacles (vs 16), 9 interceptions (vs 3) et 5 blocs (vs 2). Jaka Bijol ouvre le score au bout de six minutes, imité par Ao Tanaka d’une frappe splendide et Dominic Calvert-Lewin en seconde période. Résultat ? Une victoire de prestige 3-1. Une réussite qui incite Daniel Farke à reconduire ce système de jeu contre Liverpool le week-end suivant. Sauf que si le promu regarde le champion en titre dans les yeux durant les 45 premières minutes, il craque par deux fois en début de seconde période. C’est donc juste après l’heure de jeu que Daniel Farke choisit d’entrer en scène.

De nouveaux ajustements pour revenir au score

Cette fois, il décide de repasser en 4-3-3. Pour cela, il lance dans la bataille Wilfried Gnonto et Brenden Aaronson sur les ailes. Le but ? Déséquilibrer une défense des Reds jusqu’ici à l’aise face à la paire d’attaquants titulaires. Un choix payant. Quand le premier gagne le pénalty qui permet à Leeds de revenir à 1-2, le second s’offre une passe décisive sur le but du 2-2 signé Anton Stach. Et si Liverpool reprend l’avantage quelques instants en fin de match, c’est un autre entrant qui arrache le nul pour les locaux : Ao Tanaka. Score final ? 3-3, et des changements payants pour Farke. Cette méthode, il va la reproduire dès la rencontre suivante, à Brentford. Le scénario est quasiment identique. Leeds est mené 1-0 par les Bees et court après le score à la 70e minute. Daniel Farke passe alors du 5-3-2 au 4-3-3, avec à nouveau, les entrées de Wilfried Gnonto et Brenden Aaronson. Et c’est l’Italien qui va débloquer la situation en délivrant un magnifique centre sur la tête de Dominic Calvert-Lewin pour décrocher le 1-1 au Gtech Community Stadium.

composition d'équipe de Leeds United en 4-3-3
Les entrées de Brenden Aaronson et Wilfried Gnonto dans les couloirs ont permis à Leeds de chercher des points contre Liverpool et Brentford.

Un match presque parfait contre Crystal Palace

Enfin, lors de la 17e journée de Premier League contre Crystal Palace, Daniel Farke va mettre en place un système hybride. En phase défensive, Leeds s’organise pour la quatrième fois consécutive en 5-3-2 au coup d’envoi. En revanche, en phase offensive, les Peacocks muent dans un 4-2-3-1. Joe Rodon occupe le poste de latéral droit avec Jayden Bogle un cran devant lui, Brenden Aaronson prend les clés du jeu et Noah Okafor coulisse sur la gauche. Suffisant pour permettre à Leeds de dominer le match durant les 90 minutes. Le triple champion d’Angleterre tire à 20 reprises, se crée 4 occasions, accapare 53 % de possession et remporte 51 % des duels. Une prestation remplie de maîtrise et de justesse qui permet à Leeds de s’imposer 4-1. Ce soir-là, Dominic Calvert-Lewin marque d’ailleurs pour son cinquième match consécutif (six buts sur la période). Sa forme retrouvée constitue l’une des autres réussites de Daniel Farke cette saison.

composition d'équipe Leeds United en 4-2-3-1
Le 4-2-3-1 de Leeds en phase offensive contre Crystal Palace a été rudement efficace à Elland Road.

Est-ce que Leeds pourra poursuivre cette série ?

À l’orée de l’intense période des fêtes, les Whites se classent désormais à la 16e place de la Premier League. Surtout, cette belle série de quatre matchs sans défaite (huit points pris sur douze possibles) permet aux hommes de Daniel Farke de compter six points d’avance sur le premier relégable, West Ham United. Ces rencontres ont permis à l’ex-entraîneur du Borussia Mönchengladbach de démontrer une lecture tactique affinée, le tout en ayant des résultats. Sorti de la crise, Leeds peut respirer plus sereinement, tandis que la pression s’est dissipée autour de Daniel Farke. Mais l’objectif est encore loin d’être atteint. D’autant que le calendrier n’accorde que peu de répit au club du nord de l’Angleterre. Dans les prochains jours, Leeds se déplacera à Sunderland (le 28/12), ira à Liverpool (01/01), avant de retrouver Manchester United (04/01) et Newcastle (07/01). Mais avec un Daniel Farke aussi bien inspiré, les Peacocks trouveront peut-être les solutions tactiques pour s’éloigner un peu plus encore de la zone rouge.