Depuis le début de la saison, Aston Villa déçoit. Le club de Birmingham n’a pas encore goûté à la victoire, ni même marqué le moindre but en Premier League. La faute à une animation tactique moribonde et stérile. Décryptage des problèmes de jeu offensif des Villans et des solutions à disposition d’Unai Emery.

C’est une lapalissade de le dire, mais Aston Villa ne s’attendait pas à un tel début de saison. Après trois journées disputées en Premier League, les Villans ne figurent qu’à la 19e place du classement, avec un unique point dans l’escarcelle. Pis, c’est la seule équipe du championnat à ne pas avoir encore inscrit le moindre but durant cette campagne. « Nous avons besoin de plus offensivement. Mais je suis confiant sur le fait que nous allons sortir de cette situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement » atteste le manager de l’équipe, Unai Emery. Certes, nous ne sommes qu’aux prémices de cet exercice 2025-2026 qui s’annonce long et éreintant. De quoi laisser du temps afin de bousculer cette dynamique. Toutefois, les prestations offertes lors de l’accueil de Newcastle (0-0), puis surtout lors des défaites à Brentford (1-0) et contre Crystal Palace (0-3), n’ont pas permis d’augmenter drastiquement la jauge d’optimisme.
Des premières journées poussives
Méconnaissables et dominés contre les Magpies en ouverture, les Villans se sont un peu plus rapprochés des principes de jeu de leur entraîneur espagnol lors des deux matchs suivants. La preuve, ils ont pris le jeu à leur compte en cumulant 76,4 % de possession de balle contre Brentford puis 58,4 % contre Crystal Palace. D’ailleurs, Aston Villa est le troisième club qui accapare le plus le ballon depuis le début de la saison, avec une moyenne de 58,7 % de possession. Sauf que les joueurs de Birmingham sont inoffensifs : ils ne se sont pas procurés la moindre grosse occasion lors de ces trois rencontres inaugurales. Au total, ils ont tiré 33 fois, pour seulement 9 tentatives cadrées. Cela correspond à 27,3 % de frappes cadrées, soit le 14e ratio du championnat.

Le football d’Aston Villa s’est effrité
En clair, l’utilisation du cuir pose problème. Les partitions proposées par les Villans sont à la fois lentes et stéréotypées, dépourvues de créativité, et agrémentées d’une absence de mouvements sur le pré. Chaque joueur reste à sa place, comme bloqué dans un système statique. Les prises d’initiatives restent marginales, entravant la verticalité du jeu, tandis que les combinaisons et les automatismes se font rares. Résultat ? Des possessions longues et stériles. Bref, tout le contraire des deux dernières saisons. De quoi faciliter la tâche de leurs adversaires, qui ont tout le temps de se regrouper solidement pour faire face à chacune de leurs offensives. Une fois trouvés, les attaquants comme Ollie Watkins sont alors pris dans la densité et condamnés à se débarrasser de plusieurs défenseurs avant d’espérer se procurer une opportunité. Pareil, les ailiers sont arrêtés lorsqu’ils reçoivent le ballon, sermonnés par au moins deux éléments de l’équipe adverse, et déconnectés de leurs coéquipiers.
Des recrues pour changer la donne
Face à ce constat, des solutions existent pour relancer la machine tactiquement. Tout d’abord, via l’intégration de nouveaux joueurs. Lors du dernier jour du mercato, soit au lendemain de la défaite contre Crystal Palace, Aston Villa a annoncé les recrutements de Jadon Sancho et d’Harvey Elliott dans le secteur offensif. Quand le premier devra apporter son peps et son dynamisme sur les ailes, le second ajoutera une touche technique et de la créativité dans le cœur du jeu. Des options intéressantes qui pourraient permettre au coach basque de replacer chaque joueur à son poste de prédilection. John McGinn pourrait délaisser l’aile droite et retrouver le milieu, Evann Guessand n’aurait plus à s’exiler sur le côté gauche, et Morgan Rogers pourrait se réaxer et récupérer les clés de l’animation offensive derrière Watkins. Avec Sancho et Elliott, mais aussi Donyell Malen et Emiliano Buendia déjà au club, Unai Emery va pouvoir s’appuyer sur des éléments à l’aise et à même de s’épanouir dans les couloirs.
L’intensité dans le jeu, une clé pour Aston Villa
Mais au-delà des joueurs choisis, la priorité pour le manager va être de faire comprendre à son équipe qu’elle doit élever son curseur d’intensité. Premier objectif : supprimer les touches de balle inutiles. À la relance, les défenseurs centraux Ezri Konsa, Tyrone Mings et Pau Torres font perdre des secondes incalculables et décisives à Villa en marchant et tergiversant balle au pied. Ils réalisent alors quatre, cinq, six touches de balle avant de faire une passe. Un chiffre qui pourrait être divisé par deux, voire trois. En plus d’ajouter du rythme, ces premières transmissions plus rapides perturberaient le pressing adverse. Deuxième point : il faut proposer des solutions. À la construction, Youri Tielemans fait office de meneur de jeu reculé, se muant en aimant à ballons (232 ballons touchés cette saison, 15e de Premier League). Sa qualité de passes ainsi que ses facilités techniques offrent jusqu’ici les seuls moments de magie de son équipe. Mais s’il n’a pas de mouvements devant lui, le jeu ne pourra pas avancer.
Des automatismes à créer sur le pré
C’est pourquoi les éléments du secteur offensif de Villa ne doivent pas hésiter à enchaîner les dépassements de fonction et à permuter. Par exemple, lorsque Morgan Rogers évolue dans le couloir gauche, il doit pouvoir se recentrer afin d’offrir une solution à Tielemans, mais aussi un soutien à Watkins, ou créer un surnombre pour combiner dans l’axe. C’est alors que le latéral gauche doit prendre la responsabilité d’animer le couloir. Enfin, il faut que cette équipe provoque et prenne des risques. Elle doit sortir de ce schéma dans lequel s’enchaînent les contrôles-passes, sans folie ni différences faites. C’est particulièrement aux ailiers qu’incombe cette tâche. Ils doivent pouvoir fixer un adversaire, dribbler, éliminer et apporter de la folie. Plus il y aura de la vitesse dans le jeu de Villa dès les premières relances, plus les ailiers recevront le ballon avec un temps d’avance, et plus ils auront de chance de gagner leurs duels. Pour cela, ils peuvent aussi être aidés par leur latéral grâce à des dédoublements, des combinaisons ou plus généralement des une-deux et des jeux en triangle avec un partenaire. Mais tout cela reste encore rare cette saison. La marge de progression sur attaques placées est élevée, surtout que les attaques rapides ne sont pas non plus exploitées. Oui, c’est peu de dire qu’Unai Emery avait du pain sur la planche durant cette trêve internationale. Reste à voir si des progrès ont été réalisés. Le déplacement périlleux sur la pelouse d’Everton pour le compte de la 4e journée de Premier League fera office de test idéal pour Aston Villa.