Le conte de fées vécu par le Sunderland de Régis Le Bris pour son retour en Premier League

Sunderland a réussi son come-back. De retour en Premier League pour la première fois depuis 2017, les Black Cats ont réalisé une saison convaincante, conclue à une magnifique 7e place. De quoi leur permettre de découvrir la Ligue Europa à la rentrée prochaine. Un bel exploit pour un club qui végétait encore en League One il y a quatre ans.

Célébration but Sunderland en Premier League
Sunderland a réalisé la meilleure saison pour un promu en Premier League depuis Wolverhampton Wanderers en 2018-2019.

Que l’atmosphère doit être agréable dans les rues de Sunderland cet été. Le club situé dans le comté du Tyne and Wear, véritable institution locale, vient de réaliser sa meilleure campagne depuis près de 25 ans. En effet, pour leur retour en Premier League, les Black Cats ont décroché une somptueuse 7e place en championnat. Un classement synonyme de qualification pour la prochaine phase de ligue de la Ligue Europa. Ce ne sera d’ailleurs que la seconde fois que Sunderland disputera une compétition européenne, après avoir été engagé en Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe en 1973-1974. Une performance d’autant plus remarquable que le sextuple champion d’Angleterre sort d’une décennie particulièrement délicate. Relégué de l’élite anglaise en 2017, le club chute immédiatement en League One en 2018, un échelon auquel il restera cantonné durant quatre années. Promu en Championship en 2022, Sunderland met alors trois saisons pour remonter en Premier League. Une éternité pour cette formation rompue aux joutes de la catégorie reine du football britannique.

Un trio francophone aux manettes

Dans sa quête de rebond, Sunderland a pu compter sur deux personnalités francophones à des postes clés. Tout d’abord, Kyril Louis-Dreyfus. Grand instigateur de ce projet, le Suisse occupe le rôle de président et détient des parts dans le club depuis le mois de janvier 2020. À l’été 2022, son importance croît encore, puisqu’il devient actionnaire majoritaire des Black Cats. Le second pilier de cette réussite, c’est l’entraîneur Régis Le Bris. Le Breton a pris les commandes de l’équipe à l’orée de la saison 2024-2025. Dès son premier exercice, il offre à Sunderland une promotion rêvée, en remportant la finale des play-offs de Championship contre Sheffield United. Mais pour s’installer durablement en Premier League, un troisième homme les a rejoint : Florent Ghisolfi. Intronisé au poste de directeur du football le 2 juillet 2025, le Français a régi, avec son coach et sa direction, l’ensemble de la stratégie sportive et financière à adopter dans l’élite, notamment sur le marché des transferts.

Régis Le Bris donne ses consignes dans sa zone technique lors d'un match de Sunderland en Premier League
Régis Le Bris a réalisé un travail immense sur le banc de Sunderland depuis son arrivée il y a deux ans.

Un mercato 2025 rondement mené

En effet, ce mercato estival 2025 fut important afin d’offrir une chance au club de répondre à son ambition prioritaire : celle de rester en Premier League. Rien d’évident puisque cela faisait deux campagnes consécutives que les trois promus étaient immédiatement relégués en Championship. Mais Sunderland a défini sa propre formule. Elle consiste à s’appuyer sur les cadres de son exercice précédent en deuxième division, tout en renforçant cet effectif avec des arrivées. Résultat ? 188,65 millions d’euros (M€) ont été investis. Seuls huit clubs du championnat ont dépensé une somme plus élevée. Grâce à la proximité affichée entre Florent Ghisolfi et Régis Le Bris, chaque recrue a été identifiée pour pouvoir s’intégrer dans le système de jeu de l’ancien coach du FC Lorient. Et les bons coups ont été nombreux. Les pensionnaires du Stadium of Light ont récupéré Noah Sadiki pour seulement 17 M€, Granit Xhaka pour 15 M€, Nordi Mukiele pour 12 M€, Omar Alderete pour 11,6 M€, Robin Roefs pour 10,5 M€ et même Reinildo Mandava gratuitement. Plus onéreux, Habib Diarra (31,5 M€), Enzo Le Fée (23,75 M€) et Brian Brobbey (20 M€) ressemblent malgré tout à de belles affaires.

Des individualités à leur meilleur niveau

Grâce à ce travail méticuleux, les erreurs de casting ont été rares, voire quasiment inexistantes. Brian Brobbey s’est imposé en quelques semaines comme l’avant-centre référent de cette équipe, au point d’en devenir le meilleur buteur avec 7 réalisations. Au milieu, le trio Granit Xhaka – Noah Sadiki – Habib Diarra s’est avéré complémentaire, entre expérience, combativité et justesse technique. En défense, Nordi Mukiele s’est immédiatement affirmé comme un cadre de cet effectif, poussé par ses performances convaincantes et un physique retrouvé. De plus, les paris Omar Alderete et Robin Roefs ont fonctionné, eux qui découvraient cette année la Premier League. Le gardien néerlandais a par exemple réalisé 10 clean sheets au cœur de la quatrième meilleure défense du Royaume (48 buts encaissés). Notons aussi cette alchimie avec les plus « anciens », à l’image de Dan Ballard, Trai Hume, Enzo Le Fée ou Wilson Isidor, tous présents depuis le Championship et toujours prépondérants aujourd’hui.

Noah Sadiki en possession lors d'un match de Premier League de Sunderland
Noah Sadiki s’est parfairement adapté au rythme de la Premier League.

Quelles étaient les forces de Sunderland ?

Si tous ces joueurs ont pu s’épanouir individuellement et collectivement dans cette équipe en Premier League, c’est en grande partie grâce à la philosophie de jeu prônée par Régis Le Bris. Comme souligné précédemment, elle était calquée pour cet effectif. Dans le détail, le manager de 50 ans s’est démarqué par une animation basée sur une rigueur défensive, une verticalité dans les attaques rapides et une très bonne gestion des temps forts et des temps faibles dans un match. Sa science tactique s’est aussi mise en valeur par la polyvalence de ses systèmes utilisés, puisqu’un 5-4-1 défensif pouvait aisément se muer en 4-3-3 offensif. Oui, Régis Le Bris avait accepté que ses Black Cats n’accaparent pas la possession. Mais il en a fait une formation robuste, généreuse et courageuse, comme le prouvent le peu de buts qu’elle a concédés. D’un autre côté, le manque de créativité souvent déploré sur les attaques placées s’illustre par ces 64 occasions générées (17e) et ces 42 buts marqués (17e). Cela a été compensé par une très bonne utilisation des contre-attaques, des longs ballons et des longues touches, ainsi qu’une certaine efficacité (xG : 38,9).

Robin Roefs réalise une sortie aérienne devant Hugo Ekitike lors d'un match de Sunderland en Premier League
La défense a été l’un des grands points forts de Sunderland, emmenée par son gardien Robin Roefs et son défenseur central Dan Ballard.

Deux victoires dans le derby du Tyne and Wear

Cette solidité collective et tactique a permis à Sunderland de réaliser d’énormes performances cette saison. C’est simple, les Black Cats ont accroché tous les gros du championnat. Ils sont parvenus à faire tomber Chelsea (deux fois) et Tottenham Hotspur, mais aussi à prendre un point contre Aston Villa, Arsenal, Liverpool, Manchester City et Manchester United. Mieux, ils ont battu à deux reprises leur ennemi juré : Newcastle United. Rien que ça, c’est le gage d’une campagne réussie dans le nord de l’Angleterre. Surtout que jamais le club ne s’est battu pour son maintien durant cet exercice, puisque Sunderland n’est pas apparu une seule fois en dessous de la 13e position au classement. Bref, autant dire que la formule a clairement été la bonne.

Enzo Le Fée (Sunderland) lutte pour le ballon contre Sandro Tonali (Newcastle United)
Sunderland a remporté les deux derbies contre Newcastle United cette saison en Premier League.

Qu’attendre de la saison 2026-2027 ?

Reste maintenant à confirmer cette aventure fructueuse la saison prochaine. L’adage le dit : le second exercice est souvent plus difficile que le premier. Ces dernières années, certains clubs promus en Premier League avaient réalisé un retour réussi avant de souffrir lors de la campagne suivante, au point d’être relégués. C’était le cas de Sheffield United en 2021 ou de Huddersfield Town en 2019. La priorité pour Sunderland est donc de s’installer durablement dans l’élite en visant avant tout son maintien. Pour cela, le mercato sera une fois de plus primordial afin de construire un effectif suffisamment compétitif pour évoluer sur quatre tableaux différents : la Premier League, la FA Cup, la Carabao Cup et la Ligue Europa. La Coupe d’Europe risque d’être énergivore et pourrait forcer les Black Cats à laisser des plumes en championnat. Une situation vécue par Nottingham Forest cette saison. L’avantage, c’est que Sunderland devrait miser sur la continuité. Régis Le Bris restera évidemment sur le banc et l’effectif pourrait être sensiblement le même. À ce jour, les rumeurs de départs (mais aussi d’arrivées) se font encore rares dans la presse anglaise. Mais les choses pourraient s’accélérer après la Coupe du monde. Quoi qu’il en soit, la saison prochaine dispose du potentiel pour être la plus belle de l’histoire du club.