C’est officiel : Andoni Iraola quittera Bournemouth à la fin de la saison. Le manager espagnol va mettre un terme à une collaboration fructueuse longue de trois années, au cours de laquelle il a impressionné la Premier League par ses animations tactiques entreprenantes et offensives. Mais quelle est exactement sa philosophie de jeu ?

Coup dur pour Bournemouth. Au travers d’un communiqué publié ce mardi 14 avril, le club de la côte sud anglaise a annoncé le départ en fin de saison de son manager, Andoni Iraola. Malgré de longs mois de négociations entre les deux parties, l’Espagnol a décidé de ne pas prolonger son bail le liant aux Cherries jusqu’au 30 juin prochain. « Je pense que le moment est venu pour moi de m’en aller, mais je garderai toujours de fantastiques souvenirs de ce club », promet le technicien. Il faut dire qu’en trois saisons, Andoni Iraola a su marquer la Premier League de son empreinte. Tout d’abord, par ses résultats. Sous ses ordres, Bournemouth a terminé consécutivement 12e puis 9e (avec un record de points), et siège actuellement à la 11e place du classement. Il a aussi impressionné par sa capacité à constamment faire progresser ses joueurs. Une vertu d’autant plus importante que les départs étaient légions dans son effectif chaque été.
Des intentions de jeu identifiées
Mais le point sur lequel Andoni Iraola a particulièrement séduit l’élite anglaise, c’est tactiquement. C’est simple, il s’est érigé comme l’un des coachs les plus séduisants de tout le Royaume. L’entraîneur basque s’est démarqué grâce à sa philosophie de jeu entreprenante et offensive. Dans son fidèle 4-2-3-1, les consignes sont limpides. Tout d’abord, il souhaite avoir une formation proactive, qui met à la fois énormément d’intensité et qui recherche constamment la verticalité. Bournemouth n’est donc pas une équipe de possession, mais plutôt de transitions, qui tente de s’installer au maximum dans la moitié de terrain adverse. En effet, bien que les Cherries accaparent le ballon en moyenne 50,3 % du temps dans un match cette saison (10e), ils n’ont réalisé que 261 séquences de jeu comprenant dix passes consécutives ou plus (13e). En moyenne, Bournemouth enchaîne 3,16 passes par phase de possession (14e). A contrario, c’est la formation qui a réalisé le plus d’attaques directes depuis le début de l’exercice, avec 66 unités. La preuve d’une projection immédiate vers le but adverse à la récupération.
Bournemouth, une attaque de feu
Pour faire vivre le cuir de la sorte, que ce soit lors d’attaques placées ou rapides, Andoni Iraola base son jeu sur le mouvement. Effectivement, sans solution pour le porteur de balle, la séquence ne peut pas progresser. C’est pourquoi il demande à ses joueurs de multiplier les appels, voire même de permuter, afin d’offrir des possibilités de combinaisons. Les milieux sont encouragés à se projeter pour apporter le surnombre dans les vingt-cinq derniers mètres, tandis que les latéraux sont incités à déborder et à dédoubler. Cette envie de verticaliser le jeu avec intensité, couplée à ces mouvements incessants, a permis à Bournemouth de se créer 73 occasions depuis le début de la campagne (10e). Mieux, c’est le 5e club qui a tiré le plus de fois au but, avec 442 tentatives. Résultat ? Les Cherries disposent de la 6e meilleure attaque de Premier League, avec 48 buts inscrits. Ils ne sont donc pas très loin de battre leur record de réalisations inscrites sur un exercice : il date de l’an passé, avec un total de 58 unités.

Le pressing : l’arme d’Andoni Iraola
Dans le registre défensif, le principal atout d’Andoni Iraola est le pressing. Que ce soit suite à une perte de balle, ou pour gêner une construction adverse, l’ancien entraîneur du Rayo Vallecano mise sur un pressing haut et constant. Plus la récupération du ballon s’opère proche du but adverse, plus vite son équipe pourra se montrer dangereuse. Dans les faits, Bournemouth apparaît comme la 4e formation qui génère le plus de high turnovers en Premier League (244 unités), qui sont des récupérations de balle très hautes suite à une phase de pressing. Parallèlement, les Cherries n’autorisent leurs opposants qu’à réaliser onze passes en moyenne avant d’effectuer une action défensive. C’est également le 4e meilleur total du championnat. Cependant, ces prises de risque, cumulées par moment à une absence de gestion ou de bloc bas, font que Bournemouth s’appuie seulement sur la 16e défense du championnat, avec 49 buts encaissés. Pour Andoni Iraola, la priorité n’est pas de cadenasser une rencontre pour ne pas concéder de buts. Au contraire, l’objectif est de marquer plus que l’adversaire.
Des victoires de prestige
Andoni Iraola n’a jamais eu peur d’appliquer sa vision du football à Bournemouth. Et ce, même lorsque l’adversité paraissait insurmontable. En effet, le manager des Cherries est toujours resté fidèle à ses idées et à son 4-2-3-1, n’utilisant par exemple jamais une défense à cinq. Une audace et une volonté de produire du jeu qui s’est avérée payante. Bournemouth a fait tomber Arsenal trois fois ces deux dernières années, est invaincu contre Manchester United depuis trois saisons, a battu Manchester City l’an passé, et s’est encore imposé contre Liverpool en janvier dernier. De sacrées prouesses.
Un effectif rondement géré
Enfin, l’autre grande qualité du manager de 43 ans, c’est cette capacité à faire progresser ses joueurs et à intégrer les nouvelles recrues dans son système de jeu. Chaque arrivée est étudiée méthodiquement avec sa direction sportive pour éviter les erreurs de casting. Dans ce cadre, les échecs ont été rares sur le marché des transferts durant son mandat. Au contraire, plusieurs éléments ont passé un cap sous ses ordres avant de rejoindre une grosse cylindrée européenne. C’est le cas par exemple d’Antoine Semenyo, Dominic Solanke, Ilya Zabarnyi, Dean Huijsen, Milos Kerkez, voire à un moindre degré Dango Ouattara. Suite à ces départs, d’autres joueurs ont su s’affirmer et s’imposer comme des cadres, à l’image d’Alex Scott, Marcus Tavernier, Marcos Senesi, Adrien Truffert ou Evanilson. Notons également l’adaptation éclaire du jeune Eli Junior Kroupi, parfaitement géré et intégré par Andoni Iraola.

Finir sur une bonne note ?
Bref, c’est une lapalissade de dire que l’Espagnol va terriblement manquer à Bournemouth la saison prochaine. « Andoni a joué un rôle déterminant dans l’orientation du club au cours des trois dernières saisons. Il a insufflé intensité, innovation et une philosophie claire, qui ont permis à Bournemouth de progresser tant sur le terrain qu’en dehors » témoigne Bill Foley, président de l’AFCB. La stabilité qu’il a apportée va permettre au club d’enchaîner en août prochain une cinquième saison consécutive en Premier League pour la deuxième fois seulement de son histoire. Mieux, en cas de fin d’exercice abouti, Andoni Iraola pourrait tout simplement quitter le Vitality Stadium sur une qualification européenne. Pour rappel, la 7e place de Brentford ne figure que deux points devant. Une chose est sûre, Andoni Iraola est aujourd’hui l’un des managers les plus côtés outre-Manche. Son nom circule déjà pour s’installer sur le banc de l’Athletic Bilbao, du Bayer Leverkusen, de Crystal Palace, voire même de Liverpool. Reste à voir où son avenir s’écrira.