Seulement 12e de Premier League à l’orée du sprint final, Newcastle figure en-deçà de ses objectifs fixés en début de saison. La faute à une constante irrégularité, qui empêche le club d’enchaîner les résultats positifs. Entre des recrues décevantes, une attaque en berne et un milieu sur le déclin, gros plan sur les causes de cet exercice morose.

C’est l’une des grandes déceptions de cette saison de Premier League. Après avoir disputé les premiers rôles sur la scène nationale ces trois dernières années, terminant consécutivement 4e, 7e, puis 5e, Newcastle United se voit cette fois relégué au second plan. L’ambitieux club du nord de l’Angleterre n’occupe que la 12e place du championnat, à seulement sept journées du terme de cet exercice. Il figure ainsi à sept points d’une qualification pour la Ligue des champions et même à quatre points d’un potentiel ticket pour la Ligue Conférence. La faute à une irrégularité chronique, dont la formation dirigée par Eddie Howe ne parvient pas à se défaire. Depuis le mois d’août, Newcastle n’a réussi que trois fois à enchaîner au moins deux victoires consécutives. Pis, traditionnellement imprenable dans son antre de St James’ Park, les Magpies ne disposent cette saison que du 11e bilan à domicile, avec déjà six revers concédés. Ainsi, ils n’ont intégré la première partie du tableau que lors de cinq week-ends durant cette campagne.
Une attaque orpheline de son goleador
Mais concrètement, comment expliquer cette baisse de régime ? En premier lieu, par une sous-performance offensive. Si Newcastle conserve la 8e meilleure attaque du championnat avec 44 buts inscrits, cela reste nettement inférieur aux 52 réalisations que cumulait le club à pareille époque l’an passé. Il faut dire qu’Alexander Isak manque cruellement à la pointe de l’attaque. Le Suédois a quitté le Tyne and Wear l’été dernier pour rejoindre Liverpool contre un chèque estimé à 145 millions d’euros. Il était pourtant l’artificier attitré de l’équipe, puisqu’il avait trouvé le chemin des filets à 54 reprises en trois saisons de Premier League. Le souci ? Personne ne l’a remplacé. En 2025-2026, le meilleur buteur de Newcastle n’est autre que Bruno Guimaraes, soit un milieu de terrain, avec un total de 9 réalisations. C’est d’autant plus inquiétant que le Brésilien n’a pris part qu’à deux rencontres depuis la mi-janvier. Il est suivi au classement par Nick Woltemade (7 buts) et Anthony Gordon (6 buts).

Des recrues en phase d’adaptation
Cette pénurie offensive peut se justifier de deux manières. Tout d’abord, par le rendement insuffisant des recrues estivales. En effet, Newcastle a dépensé sans compter pour trouver le remplaçant idéal d’Alexander Isak. C’est pourquoi Nick Woltemade (75 M€), Yoane Wissa (57,7 M€) et même Anthony Elanga (61,4 M€) sont arrivés. Mais aucun d’entre eux ne convainc réellement. Si Nick Woltemade avait bien lancé sa nouvelle aventure, il n’a plus trouvé le chemin des filets depuis la fin du mois de décembre en Premier League. De son côté, Yoane Wissa a rejoint le club après avoir séché la majeure partie de la préparation physique à Brentford. Résultat ? À court de rythme, longtemps handicapé par des pépins physiques, il ne compte qu’un petit but en Premier League. Enfin, dans son couloir droit, Anthony Elanga est loin d’afficher l’efficacité qui était la sienne à Nottingham Forest. Il n’a pas marqué le moindre but et n’a délivré qu’une unique passe décisive.

Une animation à revoir ?
Mais Eddie Howe est aussi responsable des manques de son équipe. Malgré plusieurs changements dans l’animation de son 4-3-3, voire l’essai ces dernières semaines d’un 4-2-3-1 avec Nick Woltemade en soutien d’Anthony Gordon, les joueurs de Newcastle ne parviennent pas à trouver d’alchimie. Le constat est limpide : les attaquants manquent de connexion les uns avec les autres. Cette saison, le coach de 48 ans n’a pas réussi à se réinventer suffisamment pour faire briller sa formation. Cela se traduit par un danger offensif provenant souvent d’une initiative personnelle ou d’un dépassement de fonction. C’est d’ailleurs en se projetant dans la surface de réparation pour apporter le surnombre que Bruno Guimaraes s’est mué en meilleur buteur de l’équipe. L’autre option, c’est de voir les latéraux, et notamment l’ultra-actif Lewis Hall, combiner avec leur ailier respectif pour désorganiser le bloc adverse et délivrer de bons ballons dans la surface de réparation.
Une campagne de Ligue des champions à contre-courant
En parallèle de ces balbutiements en Premier League, Newcastle a séduit en Ligue des champions. Dans la compétition reine en Europe, les Magpies ont réalisé un parcours remarquable, tombant en 8e de finale contre le FC Barcelone (8-3). Malgré une rude élimination, cette aventure a permis aux Magpies de faire éclat de toutes leurs qualités. Une vraie différence par rapport à la scène nationale. « La Premier League devient plus physique que jamais. C’est presque comme le basket parfois, c’est très épuisant. Il y a peu de contrôle, c’est beaucoup de duels : celui qui gagne les duels gagne le match. Je pense qu’en Ligue des champions, les équipes sont plus ouvertes. C’est un style de jeu plus à l’ancienne, basé sur des équipes qui essaient vraiment de proposer du beau football », analysait Anthony Gordon, auteur de 10 buts en C1 cette saison.
Le rendement en baisse du milieu de terrain
L’autre point qui illustre cette campagne poussive des Magpies, c’est la perte de puissance du milieu de terrain. L’an passé, cet entrejeu composé de Bruno Guimaraes, Sandro Tonali et Joelinton était considéré comme l’un des meilleurs – voire le meilleur – du Royaume. Si le capitaine brésilien a su encore passer un cap cette saison, il n’est plus si bien accompagné autour de lui. Psychologiquement, Sandro Tonali paraît déconnecté. Cela se ressent sur le terrain par une baisse de sa justesse dans ses transmissions (- 1 point), notamment dans les passes longues (- 3,7 points). Il ne cumule également que 3,87 actions défensives par match, contre 4,31 la saison passée, avec des chiffres nettement en baisse concernant les tacles et les récupérations. S’il retrouve des couleurs depuis quelques semaines, Joelinton n’a aussi longtemps été que l’ombre de lui-même. Son abattage dans le cœur du jeu s’est clairement affaibli, au même titre que son apport dans le dernier tiers. Son retour à 100 % physiquement va faire du bien durant ce sprint final. D’autant que sur le banc, ni l’onéreuse recrue Jacob Ramsey (45,15 M€), ni Joe Willock, ne poussent réellement pour bousculer la hiérarchie.

Une défense aussi moins performante
Enfin, défensivement, le constat reste aussi moins flatteur. Malgré le renfort de Malick Thiaw dans l’axe, cet édifice des Magpies regrette l’absence prolongée de Fabian Schär. Avant de se fracturer la cheville en janvier, le Suisse de 34 ans apportait stabilité et solidité à cette équipe, et ce depuis plusieurs années. De nombreuses autres blessures ont également frappé ce secteur du jeu (Sven Botman, Dan Burn, Tino Livramento), ce qui a handicapé Newcastle dans sa quête de constance et d’automatismes. Ajoutez à cela l’exercice moyen de Nick Pope dans les cages, qui cumule trois erreurs menant à un but. Au final, avec 45 buts encaissés, l’équipe d’Eddie Howe ne dispose que de la 14e défense de Premier League. Elle n’a aussi réalisé que 8 clean sheets, dont seulement trois depuis la 8e journée. Pas étonnant donc de voir Aaron Ramsdale être promu au poste de gardien titulaire pour tenter de renverser cette tendance.
Sept matchs pour sauver la saison ?
Autant d’éléments qui, une fois mis bout à bout, expliquent cette position décevante de Newcastle. En réalité, l’état-major du club, incarné par le fond d’investissement saoudien, espérait une certaine continuité par rapport aux campagnes précédentes. Pour rappel, les Magpies disputaient cette saison la Ligue des champions pour la deuxième fois en trois ans et ont remporté la League Cup en 2025, leur premier trophée depuis près de 70 ans. Aujourd’hui, la pression se fait de plus en plus forte sur Eddie Howe. En poste depuis novembre 2021, l’ex-manager de Bournemouth pourrait vivre ses dernières semaines sur le banc des Geordies. Après quatre ans et demi de bons et loyaux services, sa direction aura peut-être le désir d’insuffler un nouveau discours à cet effectif lors de la reprise. À moins d’une fin de saison en boulet de canon ? L’Europe ne se profile que quelques unités devant au classement, tandis que le calendrier de Newcastle reste relativement abordable sur le papier. Il reste donc sept matchs aux Magpies pour enfin trouver la régularité qui leur échappe depuis août.