Comment David Moyes parvient-il à tirer le meilleur de son effectif à Everton ?

Après plusieurs saisons à lutter pour son maintien, Everton retrouve enfin la première partie du tableau en Premier League. Mieux, avec sa 8e place au classement, le club de Liverpool se prend même à rêver d’Europe en cette fin d’exercice. Un espoir en grande partie nourri par son manager, David Moyes, dont le travail minutieux porte ses fruits.

David Moyes supervise l'échauffement de ses joueurs d'Everton
Depuis son retour à Everton en janvier 2025, David Moyes réalise un travail remarquable pour faire progresser son équipe.

Au sein d’une Premier League toujours plus compétitive, l’expérience reste une denrée recherchée pour certains clubs. La preuve à Everton, où cette option a été clairement privilégiée à l’heure de nommer un nouvel entraîneur en janvier 2025. Alors que le club frôlait la relégation depuis plusieurs saisons, la direction a fait appel à un visage bien connu, celui de David Moyes. À 61 ans, l’Écossais aux 1 091 matchs dirigés en Angleterre est revenu effectuer un second mandat au sein d’une institution qu’il a managée avec brio entre 2002 et 2013. Un choix vite payant. Alors que l’équipe occupait la 16e place du championnat à son arrivée (avec un point de plus que le 18e), David Moyes est parvenu à la faire grimper à la 13e place, terminant l’exercice avec 23 points d’avance sur la zone rouge. Mieux, Everton siège cette saison à la 8e place du classement après 31 journées. Une progression fulgurante, qui incite tout un club à rêver d’une qualification européenne à l’orée du sprint final. 

Un effectif limité en nombre

La question est maintenant de savoir comment David Moyes s’y prend pour obtenir ces résultats. Tout d’abord, notons que l’ancien manager de Manchester United doit opérer avec l’un des plus petits effectifs de toute la Premier League. Effectivement, il ne compte que 25 joueurs dans son groupe professionnel, soit le 15e total au sein de l’élite anglaise. Pis, son équipe a été rudement amputée à plusieurs reprises cette saison. De nombreux joueurs n’ont pas été épargnés par les blessures durant de longs mois, à l’image de Jarrad Branthwaite, Kiernan Dewsbury-Hall, Jack Grealish ou Carlos Alcaraz. Et alors que l’infirmerie était pleine, la Coupe d’Afrique des nations est aussi venue frapper Everton entre décembre et janvier. Deux cadres sont alors partis au Maroc, et ce jusqu’à la finale : Idrissa Gueye et Iliman Ndiaye. Mais rien de tout cela n’a réellement impacté la saison des Toffees. 

David Moyes donne ses consignes à Jack Grealish sur le bord du terrain
David Moyes avait plutôt bien relancé Jack Grealish cette saison, avant que ce dernier ne se blesse grièvement.

La méthode David Moyes

En réalité, David Moyes a confectionné un plan de jeu inamovible, auquel l’ensemble de son effectif semble adhérer. Depuis le début de la campagne, Everton évolue chaque week-end dans un traditionnel 4-2-3-1. Pour faciliter la compréhension des consignes liées à ce système, la quasi-totalité des joueurs sont alignés au poste pour lequel ils ont été formés. Un phénomène devenu rare dans le football d’aujourd’hui. Le but de David Moyes n’est pas de réinventer son sport tactiquement, mais plutôt de se baser sur une animation pragmatique et structurée. Dans ce cadre, Everton laisse majoritairement le ballon à ses adversaires (43,6 % de possession en moyenne), privilégie la formation d’un bloc bas et se montre dangereux via les attaques rapides et les coups de pied arrêtés. 

Le onze type d'Everton ces dernières semaines en Premier League
L’équipe type d’Everton ces dernières semaines en Premier League.

Quelle organisation défensive pour Everton ? 

Cette philosophie de jeu se reflète dans l’organisation défensive de l’équipe. David Moyes est parvenu à inculquer un certain plaisir de défendre à ses joueurs, et ce même aux attaquants. Tout le monde intègre cet édifice compact, qui s’érige telle une muraille face aux offensives adverses. Mais dans leur moitié de terrain, les Toffees ne pressent pas. Avec un PPDA (nombre de passes autorisées avant une action défensive) de 13,7, Everton est l’une des équipes qui récupère le moins vite le ballon. Par contre, c’est la formation qui remporte le plus de duels cette saison en Premier League (1 794 unités). En clair, quand le cuir est à portée d’intervention, les joueurs d’Everton se montrent agressifs dans le bon sens du terme et dominants. Dans la ligne défensive, la charnière centrale composée de James Tarkowski et Michael Keane s’avère tout particulièrement solide. Elle est aussi bien aidée par les performances remarquées de Jordan Pickford dans les cages, qui cumule 71,8 % d’arrêts et 11 clean sheets. Le bilan ? Everton dispose de la troisième meilleure défense du championnat, avec seulement 35 buts encaissés.

Jordan Pickford et James Tarkowski en pleine discussion à Everton
Jordan Pickford et son capitaine James Tarkowski participent grandement à la solidité de la défense d’Everton cette saison.

Des principes de jeu efficaces

Dans la moitié de terrain adverse, la donne est cependant différente. Ici, les Blues cherchent à défendre en avançant. En effet, Everton est la troisième équipe qui génère le plus de high turnovers (238 unités), qui sont des récupérations de balle très hautes grâce au pressing. De quoi alimenter l’idée d’un football vertical, dans lequel il faut profiter de la désorganisation adverse pour atteindre la surface de réparation. Oui, David Moyes aime voir son équipe se projeter rapidement vers l’avant. C’est simple, Everton n’a tenté que 11 937 passes cette saison en Premier League (15e), mais est au contraire l’une des formations qui réussit le plus de passes longues avec 678 unités (5e). Une stratégie qui permet de s’appuyer sur les forces de cet effectif : la capacité à gagner des duels aux quatre coins du terrain, des milieux qui jouent dans le sens du jeu et la vitesse d’ailiers percutants pour mettre en danger l’équipe adverse.

James Garner, le four et le moulin d’Everton

Mais au-delà des schémas tactiques, il faut bien évidemment des hommes sur le pré pour tout mettre en œuvre. Dans ce système orchestré par David Moyes, l’élément de base s’appelle James Garner. C’est simple, il n’a manqué que sept petites minutes de Premier League cette saison. Ultra-actif, l’ancien de Nottingham Forest est le troisième milieu de terrain qui gagne le plus de duels depuis le mois d’août (162 unités). Prépondérant aussi avec le ballon, il cherche autant que possible la verticalité et a déjà enregistré deux buts et six passes décisives. Mais offensivement, le facteur X reste très clairement Iliman Ndiaye. Rapide et tranchant, il sait éliminer ses vis-à-vis, comme l’attestent ses 52,9 % de dribbles réussis. Surtout, il sait être efficace, puisqu’il a déjà trouvé le chemin des filets à six reprises et délivré trois passes décisives. Un peu plus dans l’axe, Kiernan Dewsbury-Hall a d’ailleurs les mêmes statistiques offensives que le Sénégalais. Mais l’ancien joueur de Chelsea est surtout monté en puissance à partir de l’hiver, et rayonne désormais par sa justesse technique et sa capacité à créer des occasions.

James Garner impressionne cette saison sous le maillot d'Everton
À 25 ans, James Garner s’est imposé comme l’un des meilleurs milieux de terrain de Premier League dans son rôle.

Une qualification européenne au bout du chemin ?

Aujourd’hui, Everton est redevenue une équipe ambitieuse, qui peut s’appuyer sur un schéma maîtrisé et des joueurs performants. En tirant de la sorte le meilleur de son effectif, David Moyes a même élevé d’un cran les objectifs du club en cette fin de saison. Cette semaine, Jordan Pickford a déclaré : « Espérons que nous puissions nous qualifier pour une coupe d’Europe ». Une déclaration presque inimaginable au coup d’envoi de cet exercice. Mais Everton pourrait bien accrocher l’Europe pour la première fois depuis une laborieuse campagne de Ligue Europa en 2017-2018 (une élimination en phase de poules). Pour rappel, depuis leur 8e position au classement, les Blues comptent autant de points que Brentford (7e), deux de moins que Chelsea (6e) et trois de moins que Liverpool (5e). Autant de places qui devraient être synonymes de ticket européen en vue de la saison prochaine. D’ailleurs, à la vue de cet exercice réussi, la direction du club souhaiterait offrir cet été un nouveau contrat à David Moyes. Lié aux Toffees jusqu’en juin 2027, celui qui est le troisième manager le plus capé de l’histoire de la Premier League est considéré par sa direction comme l’homme idéal pour mener le club vers l’avant à moyen terme. Autant dire que cette histoire d’amour est partie pour durer encore un moment.